Anthony Joshua a renoué avec la victoire en infligeant un knock-out à Kristian Prenga au deuxième round, samedi au Jeddah Superdome en Arabie saoudite. Mais ce succès, acquis à 2’43” de la reprise, aurait pu virer au cauchemar. Dès le premier assaut, le Britannique de 36 ans a été envoyé deux fois au tapis, frôlant la déroute face à un Albanais inconnu à ce niveau. Ce combat, loin d’être une formalité, relance les spéculations sur un affrontement monumental contre Tyson Fury, qui s’est lui-même imposé la veille face à Mariusz Wach.
Piqué au vif par un premier round chaotique, Joshua a changé de visage à la reprise suivante. Il a posé son jab, préparé le terrain, puis décoché une droite puissante qui a projeté Prenga dans les cordes. Une seconde salve a achevé l’Albanais, impuissant, et l’arbitre a immédiatement stoppé le combat. Avec un palmarès de 30 victoires, dont 27 avant la limite, pour 4 défaites, Joshua prouve qu’il peut encore répondre présent sous pression. Mais la manière, en dents de scie, interroge sur sa capacité à dominer les tout meilleurs, là où un Fury ou un Usyk ne lui feraient aucun cadeau.
Cette victoire intervient dans un contexte personnel douloureux. Il y a sept mois, Joshua a survécu à un accident de voiture au Nigeria qui a coûté la vie à deux de ses amis proches, Sina Ghami et Latif « Latz » Ayodelede. Il a confié, la voix brisée, que ce combat était bien plus qu’une question de puissance : « C’était une question d’esprit. C’était pour Latz et Sina. » À 36 ans, l’ancien champion olympique et double roi des lourds traverse une phase charnière de sa carrière, entre deuil personnel et quête de rédemption sportive. Par ailleurs, son dernier combat en date, un KO brutal infligé à Jake Paul en décembre sur Netflix, avait rappelé sa force de frappe, mais aussi son attrait médiatique mondial.
Ce succès ouvre une fenêtre vers un choc britannique tant attendu contre Tyson Fury, peut-être dès la fin de l’année. Fury, vainqueur de Wach vendredi, reste l’un des rares noms capables de faire vibrer la planète boxe. Pour Joshua, c’est l’occasion d’effacer les défaites face à Usyk et de redorer un blason terni. Mais encore faut-il qu’il montre une constance et une gestion des risques à la hauteur de l’enjeu. Son manager, Eddie Hearn, a déjà évoqué des discussions avancées, même si le clan Fury, connu pour ses revirements, pourrait exiger un combat d’ajustement supplémentaire.
La carte saoudienne a également vu Hamzah Sheeraz conserver son titre WBO des super-moyens, mais sur une note bien moins convaincante. Face à Simon Zachenhuber, le Britannique s’est contenté d’une décision majoritaire (115-113, 116-112, 114-114), sans jamais submerger un Allemand pourtant coriace. Sheeraz, invaincu en 24 combats, a reconnu sa prestation en demi-teinte, évoquant un besoin de « passer un cap mental » et promettant de suivre de près le duel Canelo-Mbilli du 31 octobre. Sa discrétion contraste avec l’ambition affichée par Joshua.
Josh Kelly, de son côté, a conservé sa ceinture IBF des super-mi-moyens face à Caoimhin Agyarko, mais au prix d’un combat très disputé et d’un nez en sang. La décision unanime (114-113, 115-112, 115-112) ne reflète pas la difficulté rencontrée contre un adversaire de 29 ans qui l’a poussé dans ses retranchements. Ce succès, toutefois, maintient intact son rêve d’une unification face à Boots Ennis l’été prochain. Pour Joshua, ces résultats annexes rappellent que la boxe anglaise reste en ébullition, mais que les cadors doivent sans cesse justifier leur rang sur le ring, non pas sur le papier.



