La course à la succession d’Antonio Guterres au secrétariat général des Nations unies s’est enrichie d’un septième nom. L’Ougandais Olara Otunnu, 75 ans, a officiellement posé sa candidature le 25 juillet 2026, présenté par son gouvernement. Cet ancien haut responsable de l’organisation, qui fut aussi candidat d’opposition à la présidentielle ougandaise face à Yoweri Museveni, vient étoffer un tableau déjà marqué par la diversité géographique, mais où l’Afrique peine à faire pencher la balance.
Le parcours d’Olara Otunnu n’a rien d’anecdotique. Formé à Harvard, ancien avocat à New York puis professeur de droit, il a occupé le poste de représentant permanent de l’Ouganda à l’ONU entre 1980 et 1985, présidant même le Conseil de sécurité en 1981 et la Commission des droits de l’homme jusqu’en 1984. Son apogée institutionnelle survient sous Kofi Annan, lorsqu’il devient secrétaire général adjoint et représentant spécial pour les enfants et les conflits armés. Une carrière solide, mais qui n’a pas effacé son éphémère passage au ministère ougandais des Affaires étrangères, ni sa défaite électorale de 2011. Ce mélange d’expérience multilatérale et de confrontation politique intérieure en fait un profil atypique, mais aussi clivant.
Ce septième candidat est surtout le deuxième Africain à se lancer, après le Sénégalais Macky Sall. Un détail crucial, car la tradition du roulement géographique informel au sein de l’ONU ne joue pas en faveur du continent : l’Asie, l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique se sont succédé à ce poste, mais l’actuel titulaire étant européen, l’Afrique pourrait légitimement revendiquer ce tour. Pourtant, les règles n’ont rien d’automatique. La parité hommes-femmes, l’âge, la langue, l’orientation politique ou encore la pression des puissances permanentes compliquent ce calcul. Otunnu, comme Macky Sall, devra convaincre au-delà du simple critère continental.
Le processus, lui, est bien rodé et impitoyable. Dès le 30 juillet, les quinze membres du Conseil de sécurité procéderont à un premier vote indicatif à bulletins secrets. Les scrutins se répéteront jusqu’à dégager un candidat réunissant au moins neuf voix favorables, sans qu’aucun des cinq membres permanents n’oppose son veto. Ce mécanisme, à la fois transparent et opaque, privilégie les consensus diplomatiques de couloir plutôt que les programmes publics. Rien ne garantit qu’Otunnu franchisse cette phase, d’autant que ses concurrents, comme l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet ou l’Argentin Rafael Grossi, bénéficient d’une notoriété internationale autrement plus large.
Ce qui distingue Otunnu, c’est aussi sa connaissance intime des rouages new-yorkais, acquise sur près de quarante ans. Mais cette familiarité peut jouer en sa défaveur : il est perçu par certains diplomates comme un homme de l’appareil, davantage que comme un réformateur. À 75 ans, son âge est un handicap dans une organisation qui aspire à rajeunir son image. Surtout, son passé d’opposant à Museveni, bien que valorisant son indépendance politique, le fragilise dans un système où les États membres préfèrent souvent des candidats moins clivants pour éviter des tensions bilatérales.
Pour l’Ouganda, cette candidature est un honneur, mais aussi un pari risqué. Présenter un ex-adversaire du président en exercice relève du calcul subtil : renforcer la stature internationale du pays sans pour autant lui donner trop de visibilité intérieure. Du côté des observateurs, on souligne que l’Afrique de l’Est, qui n’a jamais fourni de secrétaire général, pourrait jouer un atout régional. Pourtant, rien n’est moins sûr : les précédents montrent que les candidats africains l’emportent souvent quand ils sont portés par un consensus solide de l’Union africaine, ce qui n’est pas encore le cas.
Finalement, la candidature d’Olara Otunnu illustre une constante des courses onusiennes : l’ouverture officielle ne préjuge pas de l’issue réelle. Le prochain scrutin du 30 juillet offrira un premier thermomètre. Mais d’ici là, chaque candidat devra négocier, séduire et parfois renoncer. L’Afrique, avec deux représentants, pourrait espérer un succès, mais la géopolitique du moment, marquée par des tensions Est-Ouest et un besoin de réforme interne, risque de privilégier un profil plus neutre et médiatique. Otunnu, malgré son épaisseur diplomatique, n’a pas encore franchi le cap de l’évidence. La bataille ne fait que commencer.



