Le général Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne, a procédé lundi à un remaniement partiel de son gouvernement. Sans toucher au poste de Premier ministre, occupé par Amadou Oury Bah, le chef de l’État a opéré une série de mouvements dans des départements régaliens et économiques, confirmant sa volonté de réajuster les rouages de l’exécutif à mi-parcours de la transition.
Ce remaniement, bien que limité en ampleur, touche des secteurs névralgiques. L’éducation nationale, chantier sensible s’il en est, passe sous la houlette de Bintou Keïta, qui hérite également de l’alphabétisation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Par ailleurs, Djénabou Touré prend les rênes de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, un portefeuille essentiel pour la stabilité interne et l’organisation des futures échéances électorales. Côté défense, Ibrahima Kalil Condé est nommé ministre délégué auprès du président, chargé de ce dossier stratégique, tandis qu’Aboubacar Kourouma et Félix Lamah se voient confier respectivement l’Industrie et le Commerce, et l’Agriculture, ce dernier quittant l’Élevage.
Ces ajustements interviennent alors que la Guinée est toujours plongée dans une transition politique prolongée, ouverte par le coup d’État de septembre 2021. Le gouvernement d’Amadou Oury Bah, installé en février 2024, peine à rassurer sur le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel, dans un climat social tendu et une économie fragilisée par la volatilité des cours des matières premières. La révision des portefeuilles, surtout ceux liés à l’éducation et au territoire, apparaît comme une réponse directe aux défis de gouvernance et de cohésion nationale, alors que le dialogue politique reste en suspens avec une partie de l’opposition et de la société civile.
Ce remaniement laisse entrevoir plusieurs orientations pour les mois à venir. La nomination d’un ministre délégué à la Défense, poste jusqu’alors directement supervisé par la présidence, pourrait signaler une montée en puissance de la coordination militaire dans un sous-région ouest-africaine instable. Parallèlement, les nouveaux titulaires de l’Éducation et de l’Agriculture auront pour mission immédiate de relancer des réformes structurelles, notamment la refonte des programmes scolaires et la sécurisation des filières agricoles, enjeux cruciaux pour l’emploi des jeunes et la souveraineté alimentaire. Le maintien d’Amadou Oury Bah à la tête du gouvernement indique toutefois une continuité politique, suggérant que le président entend stabiliser l’exécutif avant d’engager les prochaines étapes de la transition.
Les analystes locaux voient dans ce remaniement une manœuvre tactique de Mamadi Doumbouya pour équilibrer les forces vives de la coalition au pouvoir. En effet, plusieurs des nouveaux entrants sont issus de la société civile ou de l’administration technique, ce qui pourrait être interprété comme une tentative de dépolitiser certains dossiers sensibles. Cependant, cette recomposition laisse en suspens la question de la composition de la Commission électorale nationale indépendante, dont la réforme est réclamée par l’opposition comme préalable à toute élection crédible.
Sur le terrain économique, les milieux d’affaires guinéens accueillent avec prudence l’arrivée d’Aboubacar Kourouma à l’Industrie et au Commerce, espérant une impulsion sur les dossiers de transformation locale de la bauxite et de diversification des partenariats. Toutefois, le véritable test pour ce gouvernement remanié restera sa capacité à concilier les exigences de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en matière de retour à l’ordre constitutionnel, avec les impératifs de stabilité interne et de développement. Le temps presse, et les promesses de réformes devront rapidement se traduire en actes concrets pour éviter une usure prématurée de l’exécutif.



