Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, est arrivé mardi à Accra pour une visite d’État qui marque une nouvelle étape dans le réchauffement des relations entre Libreville et Accra. Au cœur de cette mission : la relance des échanges commerciaux, le renforcement de la coopération économique et une coordination accrue sur les questions de sécurité régionale. L’accueil solennel réservé au chef de l’État gabonais, avec garde d’honneur et présence diplomatique, témoigne de l’importance que le Ghana accorde à ce rapprochement, moins d’un an après l’accession d’Oligui Nguema à la magistrature suprême.
Au-delà des cérémonies protocolaires, la visite se concentre sur des dossiers concrets. Les deux chefs d’État doivent aborder l’accroissement des flux commerciaux, encore modestes entre les deux pays, et l’exploration de partenariats dans l’agro-industrie, les hydrocarbures et les infrastructures. La sécurité dans le golfe de Guinée, menacée par la piraterie et l’instabilité sahélienne, figure en bonne place. Les échanges porteront également sur la libre circulation des personnes et des biens, un chantier sensible pour l’intégration ouest-africaine, alors que le Gabon, pays d’Afrique centrale, cherche à diversifier ses alliances économiques au-delà de sa zone traditionnelle.
Cette visite intervient dans un climat diplomatique particulier. Arrivé au pouvoir en août 2023 après un coup d’État militaire, Brice Clotaire Oligui Nguema a entrepris une tournée régionale pour rassurer ses pairs et redéfinir la place du Gabon sur la scène continentale. Le Ghana, démocratie stable et porte d’entrée de la CEDEAO, constitue un partenaire de choix pour sortir de l’isolement post-transition. Par ailleurs, le choix de se recueillir au Kwame Nkrumah Memorial Park n’est pas anodin : il rappelle l’héritage panafricain du premier président ghanéen, mais aussi la volonté de Libreville de s’inscrire dans une dynamique d’émancipation collective, loin des tutelles occidentales historiques.
À court terme, les observateurs attendent la signature de plusieurs mémorandums d’entente dans les domaines minier et énergétique, ainsi qu’un accord-cadre sur la formation militaire et la lutte contre le terrorisme maritime. À moyen terme, cette visite pourrait ouvrir la voie à des investissements croisés et à une meilleure connexion aérienne entre les deux capitales. Mais le véritable test sera la concrétisation des engagements pris : le Gabon peine encore à diversifier ses exportations hors pétrole, et le Ghana, de son côté, traverse des difficultés budgétaires qui pourraient freiner ses promesses d’investissement. La réussite de ce rapprochement dépendra donc de la capacité des deux États à traduire les discours en actes.
Le geste d’Oligui Nguema au mémorial de Kwame Nkrumah interpelle. En saluant la mémoire du père de l’indépendance ghanéenne et chantre de l’unité africaine, le président gabonais envoie un signal fort à ses concitoyens et à ses homologues : celui d’un leadership qui assume l’héritage des luttes anticoloniales. Pourtant, cet hommage contraste avec la réalité politique du Gabon, où les institutions démocratiques restent fragiles et où la transition militaire est encore en cours. Ce décalage entre le symbole et la pratique n’a pas échappé aux diplomates présents, qui y voient une tentative de légitimation historique plus qu’une adhésion sincère aux idéaux nkrumahistes.
La présence à Accra de Fortunat Ondo Biyoghe, président de la communauté gabonaise du Ghana, souligne l’importance du volet humain dans cette visite. Environ 300 Gabonais résident au Ghana, pour la plupart étudiants ou professionnels dans les secteurs des technologies et de la santé. Leur intégration et leurs difficultés administratives ont été évoquées en marge des négociations officielles. De son côté, l’ambassadeur Maximin Mangoualamangoye, qui couvre trois pays, joue un rôle clé de facilitateur. Mais la représentativité réelle de ces communautés dans les projets bilatéraux reste à démontrer, tant les échanges économiques entre les deux pays demeurent embryonnaires, ne dépassant pas les 50 millions d’euros annuels.
Enfin, si cette visite s’inscrit dans le renouveau des partenariats Sud-Sud prônés par l’Union africaine, elle ne doit pas occulter les fragilités internes du Gabon. Le pays sort d’une décennie de stagnation économique et d’une transition politique sous perfusion militaire. Les annonces faites à Accra seront scrutées à Libreville, où une partie de l’opinion reste sceptique quant à la réelle volonté du régime d’ouvrir le pays aux investissements étrangers tout en respectant l’État de droit. La coopération avec le Ghana, aussi prometteuse soit-elle, ne saurait remplacer un dialogue interne sincère entre le pouvoir et la société civile gabonaise. C’est à cette condition que la politique étrangère d’Oligui Nguema gagnera en crédibilité durable.



