Lors des discussions exécutives de l’Union africaine sur le thème 2026, dédié à l’eau et à l’assainissement, les Seychelles ont posé une pierre dans le jardin d’une approche qu’elles jugent trop continentale et insuffisamment maritime. Le ministre Faure a martelé que la gestion durable des ressources hydriques ne saurait faire l’impasse sur les réalités des États insulaires et côtiers. Au-delà d’une simple prise en compte, c’est une refonte de la perspective qui est demandée : intégrer pleinement l’économie bleue comme pilier central du futur Agenda 2063. Un plaidoyer qui vise à sortir la thématique aquatique du seul prisme de l’eau douce.
Le représentant séychellois ne s’est pas contenté d’une déclaration de principe. Il a développé un argumentaire en deux temps, aussi pragmatique que politique. D’une part, il a rappelé l’exposition extrême des Petits États Insulaires en Développement (PEID) aux chocs climatiques, faisant de la sécurité de l’eau une question de survie économique et sociale. D’autre part, il a démontré l’interdépendance structurelle entre les écosystèmes d’eau douce et les océans. Pour Victoria, lutter contre la salinisation des nappes phréatiques ou la dégradation des lagons est un combat indivisible, qui nécessite des financements internationaux fléchés vers des infrastructures résilientes, bien au-delà des simples forages.
Ce plaidoyer intervient alors que l’Union africaine s’efforce de décliner son Agenda 2063 en feuilles de route opérationnelles, une gageure sur un continent aux disparités géographiques et économiques immenses. Si le thème de l’eau est crucial, il est historiquement traité en silos par des institutions dédiées, au risque d’oublier les spécificités des régions insulaires. La position des Seychelles est aussi un rappel tactique : on ne peut bâtir une politique hydrique continentale sans intégrer la dimension maritime, alors que l’Afrique possède l’un des plus vastes domaines maritimes au monde. C’est une pique adressée à la Commission de l’UA, dont les efforts sont salués mais jugés encore trop généralistes.
Les perspectives ouvertes par cette intervention sont claires. Le ministre Faure a fixé un objectif concret : la Conférence des Nations Unies sur l’eau, prévue à Dubaï en décembre 2026. Il appelle à une position commune africaine qui ne soit pas un simple catalogue de bonnes intentions, mais un plaidoyer offensif sur le nexus « eau, océans et climat ». L’enjeu est de faire de cette conférence le moment où l’Afrique impose sa vision d’une gestion intégrée, et non plus un espace où elle subit les agendas des grands donateurs. Pour les Seychelles, c’est l’opportunité de devenir le fer de lance d’un nouveau récit sur la résilience.
Pour crédibiliser son approche, le ministre a présenté une arme concrète : la plateforme numérique « Island Watch ». Cette initiative communautaire, déployée aux Seychelles, permet aux élèves et aux citoyens de suivre en temps réel l’état des écosystèmes d’eau douce. Elle transforme la population en pourvoyeuse de données essentielles pour l’adaptation climatique, un exemple de gouvernance participative que Victoria propose en modèle au continent. Une manière de dire que la technologie et l’implication locale peuvent combler les lacunes des politiques publiques, souvent trop éloignées du terrain.
Enfin, le discours séychellois a souligné un angle mort des politiques africaines : la place des femmes et des jeunes dans la gouvernance de l’eau. Le ministre a insisté sur le fait qu’aucune politique durable ne peut aboutir sans leur participation active, non comme simples bénéficiaires, mais comme décideurs. Ce rappel, en apparence consensuel, est en réalité un défi lancé aux États membres, souvent accusés de négliger la dimension humaine au profit de grands projets technocratiques. Pour les Seychelles, l’excellence environnementale passe d’abord par l’inclusion sociale et la formation des générations futures.



