L’Assemblée nationale populaire algérienne a franchi un cap symbolique mardi 28 juillet en élisant à sa présidence Khalida Boufedech, une députée du Front de libération nationale (FLN). Jamais, depuis la création de l’institution en 1977, une femme n’avait occupé ce poste, qui fait d’elle le quatrième personnage de l’État. Une avancée historique que tempère pourtant la réalité crue d’une Assemblée où les femmes ne pèsent que 6 % des effectifs, soit à peine 25 élues sur plus de 400 sièges.
Médecin de formation, spécialiste en allergologie et immunologie clinique, Khalida Boufedech n’est pas une novice en politique. Élue députée d’Alger lors des dernières législatives, elle a derrière elle deux mandats locaux au sein d’assemblées populaires communales. Mais c’est la première fois qu’elle siège à l’Assemblée nationale. Son parcours est double : une carrière entièrement menée à l’hôpital public, où elle a forgé une rigueur administrative et une proximité avec les réalités sociales, et un engagement militant de longue date au sein du FLN, le parti historique de l’indépendance, aujourd’hui fer de lance du président Abdelmadjid Tebboune.
Ce scrutin du 4 juillet, qui a porté la majorité FLN au pouvoir, a été marqué par une abstention record. Avec un taux de participation de seulement 21 %, le plus bas jamais enregistré dans l’histoire électorale algérienne, il interroge sur la légitimité populaire de cette nouvelle assemblée. Dans ce contexte, l’élection de Khalida Boufedech à la présidence peut être lue comme un geste politique fort du régime pour répondre, au moins sur la forme, aux critiques récurrentes sur l’exclusion des femmes des sphères de décision. Mais elle ne masque pas la faiblesse structurelle de la représentation féminine, bien loin des quotas promis et des discours affichés sur la parité.
Symboliquement, la présence d’une femme au perchoir peut modifier le ton des débats et offrir un visage plus moderne à une institution souvent perçue comme un simple chambre d’enregistrement des décisions exécutives. Mais Khalida Boufedech devra composer avec un hémicycle largement masculin et conservateur, et avec une majorité qui lui laissera peu de marge de manœuvre. Son vrai test viendra lors des prochaines sessions budgétaires et des réformes législatives, où son autorité sera jugée sur sa capacité à faire respecter l’indépendance du Parlement, un défi que ses prédécesseurs ont tous échoué à relever.
Pour les observateurs de la scène politique algérienne, cette élection est aussi un signal adressé à la communauté internationale, alors que le pays cherche à renforcer ses partenariats économiques et à soigner son image démocratique. Reste que la désaffection populaire, illustrée par le taux d’abstention, et le faible nombre de femmes élues révèlent un décalage profond entre les annonces institutionnelles et les attentes de la rue. Dans un pays où le mouvement du Hirak a secoué les équilibres, cette nomination, aussi remarquable soit-elle, ne saurait faire oublier les urgences sociales, économiques et politiques qui appellent des réponses bien plus concrètes que des postures symboliques.
Enfin, le parcours personnel de Khalida Boufedech, médecin engagée mais sans expérience parlementaire nationale, soulève une question de fond : faut-il y voir le choix d’une technocrate dévouée, ou celui d’une militante capable d’incarner un renouveau ? Les prochains mois diront si elle saura imposer sa marque ou si elle restera une figure de proue décorative d’un système qui peine à se réinventer. En attendant, son élection reste un fait, fragile mais incontestable, dans une Algérie en quête de stabilité et de légitimité après des années de turbulences politiques.



