Alors que les critiques fusent en Europe et dans les instances politiques, la Confédération africaine de football (CAF) a choisi une voie singulière en n’opposant pas de veto frontal au projet de la FIFA de céder des parts de ses activités commerciales à des investisseurs privés. Dans un communiqué publié mercredi 29 juillet, l’instance dirigée par Patrice Motsepe a invité ses 54 associations membres à examiner cette proposition et à participer au processus de consultation. Une position qui contraste nettement avec l’hostilité affichée par l’UEFA et les grandes fédérations européennes, et qui place le continent africain au centre d’un bras de fer financier mondial.
Ce projet, baptisé « FIFA Forward Enterprise », prévoit la création d’une entité commerciale dédiée à la gestion des droits de diffusion, du sponsoring, de la billetterie et des licences liés aux compétitions majeures comme la Coupe du monde ou la Coupe du monde des clubs. La FIFA espère lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars sur la base d’une valorisation de 20 milliards de dollars, en ouvrant son capital à des investisseurs privés via des participations minoritaires. En échange, chaque association membre, y compris les 54 africaines, recevrait une prime exceptionnelle de 20 millions de dollars dès début 2027, tandis que les allocations de développement pour la période 2027-2030 doubleraient, passant de 8 à 20 millions de dollars par fédération. Mais derrière ces chiffres alléchants se cache une bataille de principes sur la souveraineté sportive.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de Gianni Infantino visant à accroître les revenus de la FIFA pour financer le développement global du football, après des années marquées par les scandales de corruption et une défiance chronique envers la gouvernance de l’instance. Pour l’Afrique, qui perçoit historiquement une part infime des retombées économiques du football mondial, la promesse d’un financement accru est politiquement séduisante. Pourtant, les critiques européennes dénoncent une marchandisation excessive du sport et pointent des risques de conflits d’intérêts, tandis que la Concacaf et l’AFC ont vivement regretté l’absence de consultation préalable des 211 membres avant la révélation publique du projet. La CAF, elle, a été la seule confédération à ne pas condamner immédiatement l’initiative, préférant jouer la carte de la négociation.
La réunion du Comité exécutif de la CAF prévue la semaine prochaine sera déterminante. Patrice Motsepe, qui a toujours affiché une proximité avec Infantino, devra arbitrer entre l’appât d’un financement record pour le football africain et le risque de s’aliéner les grandes fédérations européennes, partenaires incontournables sur la scène internationale. Si la CAF valide son soutien au projet, elle pourrait peser lourd dans le processus de consultation et obtenir des garanties supplémentaires sur l’utilisation des fonds en Afrique. À l’inverse, un ralliement trop rapide sans conditions claires pourrait affaiblir sa crédibilité et isoler le continent dans les instances mondiales, alors que les discussions sur la réforme du calendrier international battent déjà leur plein.
Le positionnement de la CAF ne surprend pas ceux qui connaissent les réalités budgétaires de ses membres. La plupart des fédérations africaines vivent avec des moyens très limités, et une promesse de 20 millions de dollars par association représente une manne colossale, équivalente à plusieurs années de leur budget annuel. Pour elles, l’argument moral de la marchandisation du sport pèse moins lourd que la perspective de construire des infrastructures, de former des entraîneurs ou de développer des compétitions locales. C’est ce calcul économique qui explique pourquoi le discours de Patrice Motsepe, insistant sur « l’augmentation des ressources pour le développement et la croissance du football en Afrique », trouve un écho favorable dans les coulisses du continent, bien loin des salons feutrés de l’UEFA.
Reste à savoir si cette ouverture de la CAF est une véritable adhésion ou une tactique de positionnement pour influencer le détail du projet. En se déclarant « déterminée à poursuivre les consultations », l’instance africaine se ménage une marge de manœuvre : elle peut à la fois revendiquer un rôle de facilitateur auprès de la FIFA et exiger des contreparties concrètes, comme un renforcement des programmes de développement dédiés au football féminin ou une meilleure répartition des recettes générées par les compétitions organisées sur le continent. Les prochaines semaines diront si ce pari diplomatique paie, ou si la CAF se retrouvera prise entre les sirènes de l’argent et la défense de l’éthique sportive que ses détracteurs appellent de leurs vœux. Une chose est sûre : alors que l’Europe serre les rangs, l’Afrique a choisi de ne pas fermer la porte, et c’est peut-être là la vraie information de ce feuilleton financier.



