Gianni Infantino, le président de la Fifa, a annoncé samedi l’abandon du projet controversé d’ouverture de l’instance à des investisseurs privés. Face à une levée de boucliers sans précédent, ce renoncement met un terme à une initiative qui visait à lever 10 milliards de dollars pour le développement du football, mais qui suscitait de vives inquiétudes sur une éventuelle marchandisation du sport. Le dirigeant a justifié cette décision par la nécessité de préserver l’unité au sein de la « famille du football », reconnaissant que le projet avait créé des divisions contraires à l’objectif initial.
Présenté le 28 juillet à la surprise générale, le plan prévoyait la création d’une entité dédiée, la Fifa Forward Entreprise (FFE), chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de la Fifa. Ouverte aux capitaux privés, cette structure devait permettre de porter à 10 milliards de dollars le financement du football sur quatre ans. Mais très vite, les critiques se sont focalisées sur les risques de dénaturation des compétitions et sur l’opacité des modalités financières. L’abandon de ce projet, acté en quelques jours seulement, illustre la fragilité politique du président Infantino, déjà affaibli par la démission récente de son conseiller principal, Carlos Cordeiro.
Ce revers intervient dans un climat de défiance croissante envers la gouvernance de la Fifa, régulièrement épinglée pour son manque de transparence. Le précédent scandale de corruption, qui avait éclaboussé l’instance en 2015, reste dans toutes les mémoires. En proposant un partenariat inédit avec des fonds d’investissement, Gianni Infantino prenait le risque de raviver les soupçons de conflit d’intérêts. La réaction des grandes confédérations, notamment l’UEFA, l’AFC et la Concacaf, montre que les craintes d’une privatisation rampante du football professionnel dépassent les seules considérations éthiques pour toucher à l’équilibre même du pouvoir au sein de l’instance.
Si le retrait de ce projet apaise les tensions immédiates, il ne résout pas les difficultés de financement du développement du football, particulièrement dans les régions les moins dotées. L’Afrique et l’Océanie, qui s’étaient montrées moins hostiles à l’initiative, pourraient se trouver lésées par ce recul. À court terme, la Fifa devra proposer une alternative crédible pour soutenir les fédérations membres, sous peine de voir les inégalités se creuser. Par ailleurs, la gouvernance de l’instance est désormais dans le viseur : l’AFC a d’ailleurs appelé d’urgence à une révision des règles de décision, laissant présager des débats houleux lors des prochains congrès.
La démission de Carlos Cordeiro, ancien banquier et proche conseiller d’Infantino, a pesé lourd dans la balance. Ce dernier avait jugé le projet incohérent, estimant que « vendre une participation permanente dans l’actif le plus précieux du football pour lever 4,2 milliards de dollars n’avait guère de sens ». Son départ a privé le président d’un soutien de poids sur les questions financières. Par ailleurs, l’opposition du nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, qui qualifiait le projet de « scandaleux », ajoute une dimension politique inédite, le Royaume-Uni étant un acteur majeur du football européen.
Enfin, la position nuancée de la Conmebol, qui réclamait des clarifications sans rejeter fermement le projet, souligne les divisions au sein même des confédérations. Cette crise, bien que désamorcée, révèle les lignes de fracture d’un football mondial pris entre impératifs économiques et exigences d’intégrité. Pour Gianni Infantino, l’heure est désormais à la reconquête de la confiance, alors que son leadership est contesté et que les appels à une réforme profonde de la gouvernance se multiplient.



