Michel Faille, consultant canadien de 64 ans, a été placé en détention provisoire à la prison de Luzira à Kampala, accusé d’avoir soutiré 1,5 million de dollars à un investisseur dans le cadre d’une promesse de livraison de 16 tonnes d’or à Dubaï qui n’a jamais abouti. Comparaissant le 31 juillet 2026 devant la magistrate en chef Ritah Neumbe Kidasa, l’expatrié résidant à l’hôtel Mestil de Nsambya a plaidé non coupable des chefs d’obtention de fonds par de fausses déclarations et de commerce illicite de minéraux, avant d’être renvoyé en détention jusqu’au 12 août, le temps que la police boucle son enquête.
Les réquisitoires du parquet, détaillés dans l’acte d’accusation, décrivent un stratagème qui se serait déroulé entre juillet et octobre 2025. Faille et plusieurs complices en fuite auraient reçu la somme d’Abdulkadir Mohamed Nur à l’Acacia Mall de Kamwokya, quartier huppé de la capitale ougandaise, en échange de la promesse de faciliter l’expédition de 16 tonnes d’or vers Dubaï. La transaction n’a jamais eu lieu. Parallèlement, une seconde charge pèse sur le prévenu et ses supposés acolytes : la possession de 740 kilogrammes de pépites d’or présumées à Kololo, toujours à Kampala, sans détenir la licence de négociant en minéraux exigée par le Mining and Minerals Act de 2022. La procureure Grace Amy Namuganza a sollicité un délai supplémentaire pour permettre aux enquêteurs de finaliser leurs investigations, requête accueillie par le tribunal.
Cette affaire s’inscrit dans un phénomène récurrent qui empoisonne le secteur aurifère artisanal et semi-industriel en Afrique de l’Est. La région, riche en gisements mais poreuse en matière de régulation, attire des investisseurs étrangers parfois naïfs, souvent attirés par des marges colossales. Les intermédiaires se multiplient, brandissant des accès fictifs aux chaînes d’approvisionnement et des documents falsifiés pour crédibiliser des cargaisons qui n’existent que sur le papier. L’Ouganda, comme ses voisins, tente de durcir sa législation minière, mais le fossé entre la loi et les pratiques sur le terrain reste béant, offrant un terreau fertile aux prédateurs de tout bord.
La comparution du 12 août sera déterminante : elle dira si le parquet a réuni suffisamment d’éléments pour maintenir les charges ou si le consultant canadien pourra bénéficier d’une remise en liberté sous conditions. Au-delà de ce cas d’espèce, c’est toute la crédibilité des filières d’exportation d’or est-africaines qui est en jeu. Les autorités ougandaises, sous pression diplomatique et économique, pourraient être contraintes de renforcer leurs mécanismes de contrôle et de coopération internationale, notamment avec les Émirats arabes unis, principale destination déclarée des cargaisons. L’issue de ce dossier pourrait servir de test pour évaluer la volonté réelle de Kampala à assainir un secteur où la frontière entre l’ombre et la lumière reste dangereusement floue.
La mésaventure de Michel Faille n’est pas isolée. En février 2026, au Kenya, les détectives ont arrêté un suspect pour une escroquerie similaire de 217 900 dollars impliquant un ressortissant américain, victime d’une promesse non tenue de 495 kilogrammes d’or. En mai de la même année, un autre investisseur américain affirmait avoir perdu 55,7 millions de shillings kényans (environ 430 000 dollars) après avoir versé des fonds pour 400 kilogrammes de lingots que ses interlocuteurs ont cessé de livrer après encaissement. Ces affaires, aux modus operandi troublants de similitude, dessinent les contours d’un réseau régional d’escroqueries où les documents légaux et sociétaires sont utilisés comme faire-valoir pour donner le change.
Le système repose sur une mécanique bien huilée : des promesses de cargaisons massives, une documentation corporate sophistiquée et des rendez-vous dans des lieux prestigieux comme l’Acacia Mall, symbole de la modernité kampalienne. Pourtant, derrière cette façade, les engagements se volatilisent et les fonds disparaissent. Michel Faille, comme tous les prévenus, bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’un jugement définitif ne soit rendu. Mais son incarcération, couplée aux autres affaires régionales, met en lumière une urgence criante : celle d’un cadre de régulation transfrontalier efficace pour protéger les investisseurs sérieux et traquer les réseaux qui prospèrent dans les interstices d’une économie informelle omniprésente.



