Alors que les dissensions secouent les instances européennes, asiatiques et nord-américaines, le président de la FIFA peut compter sur le soutien indéfectible du bloc africain. Ce dernier, mené par le Sud-Africain Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), a fait bloc derrière lui après l’abandon d’un projet de levée de fonds de 4,2 milliards de dollars, qui aurait ouvert le capital de la FIFA à des investisseurs privés. Une décision perçue comme une victoire pour la souveraineté du football mondial, mais qui révèle surtout les lignes de fracture d’un pouvoir footballistique de plus en plus dépendant des équilibres politiques.
Selon les termes du projet, une prise de participation minoritaire de 20 % devait être cédée à un consortium mené par Thrive Eternal, le fonds de l’investisseur américain Joshua Kushner. L’argent frais devait notamment servir à alimenter les réserves de la FIFA et à financer de nouvelles compétitions. Mais le projet s’est heurté à une opposition farouche, portée par l’UEFA et les dirigeants britanniques, pour qui le Mondial n’est pas une marchandise à vendre. Face à cette levée de boucliers, Infantino a fait marche arrière, enterrant définitivement l’opération.
La contestation gronde en Europe, où plusieurs fédérations historiques jugent sa gouvernance trop centralisée et ses projets financiers opaques. L’Asie et l’Amérique du Nord ne cachent plus leurs réserves. En revanche, pour les 54 membres de la CAF, Infantino reste un allié de poids, crédité d’avoir tenu ses promesses depuis son élection en février 2016. À l’époque, il avait doublé les aides au développement pour séduire le continent, un engagement que le programme FIFA Forward a depuis largement concrétisé.
Alors que l’élection présidentielle de la FIFA se profile, le bloc africain représente plus d’un quart des suffrages, un réservoir politique indispensable face à un électorat européen de plus en plus critique. En maintenant sa ligne, Infantino sait qu’il s’assure une base arrière solide. Le message est clair : les voix africaines pèseront lourd dans la balance, d’autant plus que les promesses de redistribution financière sont devenues le ciment d’une relation stratégique.
Comme le rappelle Patrice Motsepe, qualifiant Infantino d’« ami fidèle et loyal envers l’Afrique », la gratitude n’est pas un vain mot dans un contexte où les subsides de la FIFA sont vitaux. Chaque association membre perçoit désormais 8 millions de dollars sur un cycle de quatre ans. Pour des pays comme le Malawi, les Comores ou la Mauritanie, cet argent ne finance pas des projets de prestige, mais l’équipement des équipes nationales, la formation des jeunes ou encore les déplacements internationaux. Des dépenses de base que les gouvernements locaux, confrontés à des urgences sanitaires et sociales, ne peuvent pas couvrir.
Le Marocain Fouzi Lekjaa, vice-président de la CAF, ou les membres du conseil de la FIFA issus de l’Égypte, du Niger et de la Mauritanie ont salué l’abandon du projet FFE, tout en réaffirmant leur confiance en Infantino. Une position qui n’est pas un chèque en blanc, mais un calcul politique et financier assumé. L’écosystème du football africain, dépourvu de sponsors privés et d’infrastructures d’État, tient en grande partie grâce à cette manne financière. Pour Infantino, l’Afrique est aujourd’hui plus qu’un soutien : c’est le socle de sa légitimité. Pour les fédérations, la question n’est pas de choisir un camp, mais d’assurer leur survie.



