Entre 2024 et 2026, la confiance des jeunes Africains dans la direction de leur économie nationale a bondi de 26 % à 45 %, selon l’African Youth Survey 2026 réalisé par PSB Insights pour la fondation Ichikowitz. Ce redressement, confirmé par une hausse de l’optimisme général de 35 % à 51 %, repose sur des améliorations macroéconomiques réelles, notamment le recul de l’inflation et une croissance projetée à 4,3 % en Afrique subsaharienne. Pourtant, cette moyenne positive dissimule des disparités criantes : certains pays affichent des taux d’optimisme supérieurs à 70 %, tandis que plusieurs grandes économies du continent voient leurs jeunes massivement tournés vers le pessimisme.
Les données les plus frappantes concernent les écarts entre pays. Au Burkina Faso, au Rwanda et en Somalie, plus de 79 % des 18-24 ans estiment que l’économie va dans la bonne direction, un chiffre qui atteint 72 % au Ghana. À l’opposé, le Mozambique, le Kenya, le Tchad, le Nigeria et l’Afrique du Sud enregistrent des taux de défiance compris entre 74 % et 82 %. Ce clivage ne suit pas une logique géographique ou linguistique simple : il est avant tout corrélé à la perception de l’emploi. L’enquête montre en effet un mouvement parallèle entre la baisse de l’inquiétude sur le chômage et la hausse de la confiance, comme en Éthiopie, en Zambie ou au Ghana, où les deux indicateurs évoluent de manière quasi symétrique.
Ce regain de moral s’inscrit dans un environnement macroéconomique qui s’est nettement assaini depuis 2024. Le FMI anticipe une croissance de 4,3 % pour l’Afrique subsaharienne en 2026, contre 3,2 % en 2023, et plus de vingt pays devraient dépasser les 5 % de croissance. Surtout, l’inflation régionale, qui avait atteint un pic historique de 22 % en 2024, est retombée à environ 9 % cette année, selon la Banque mondiale. Ces chiffres offrent un contraste saisissant avec la période post-Covid et la crise ukrainienne, qui avaient durablement érodé le pouvoir d’achat et la confiance des ménages. Pour Ivor Ichikowitz, fondateur de l’enquête, ces bascules ne sont pas des anomalies statistiques, car elles sont corroborées par d’autres indicateurs de sentiment.
Reste que l’amélioration globale ne garantit pas une trajectoire linéaire. Le Kenya fait figure d’exception négative : c’est le seul pays suivi depuis 2020 où l’optimisme recule, dans un contexte de tensions budgétaires et de préoccupation massive sur l’emploi, citée par 67 % des jeunes. Par ailleurs, la part des répondants ouvertement pessimistes atteint 12 % au niveau continental, son plus haut niveau depuis le début de la décennie. Cette polarisation des opinions suggère que la reprise économique, bien réelle, ne profite pas également à tous les territoires ni à toutes les franges de la jeunesse. Les prochaines vagues de l’enquête devront surveiller si ces écarts se réduisent ou se creusent, notamment dans les pays où la croissance reste fragile.
Le lien entre emploi et confiance est central, mais il ne faut pas sous-estimer la persistance de la cherté de la vie. Celle-ci reste, toutes vagues confondues, l’événement jugé le plus marquant des cinq dernières années pour 27 % des répondants. Autrement dit, le redressement du moral n’efface pas la contrainte quotidienne du pouvoir d’achat, surtout dans les pays où l’inflation, bien qu’en baisse, reste élevée. Au Nigeria, par exemple, le pessimisme demeure massif malgré une légère amélioration, ce qui indique que les effets de la politique monétaire et des subventions sur les prix alimentaires et énergétiques mettent du temps à se traduire dans les perceptions populaires.
Deux réserves méthodologiques s’imposent. L’échantillon, d’environ 300 personnes par pays, invite à la prudence sur les écarts faibles entre pays ou entre vagues. Surtout, les comparaisons temporelles ne portent que sur huit pays présents à chaque édition depuis 2020, ce qui limite la portée des tendances longues. Néanmoins, l’enquête livre un enseignement politique clair : la jeunesse africaine ne réclame pas seulement des promesses de croissance, mais des opportunités concrètes d’emploi et une stabilisation durable du coût de la vie. Les gouvernements qui parviendront à agir sur ces deux leviers verront leur légitimité renforcée ; ceux qui échoueront risquent de voir la défiance s’installer durablement, comme au Kenya ou en Afrique du Sud.



