La Cédéao estime que le lancement de l’ECO en 2027 reste un objectif atteignable, malgré les retards accumulés et la défection de trois États membres. À l’issue d’une série de réunions techniques tenues entre fin août et début septembre 2026, le Conseil de convergence de l’organisation a jugé que le calendrier pouvait être tenu, à condition d’intensifier sans délai les travaux préparatoires. La convocation prochaine d’un groupe de travail présidentiel, décidée à l’issue de ces rencontres, marque une nouvelle phase dans ce processus longtemps chaotique.
Ces réunions, qui ont mobilisé les gouverneurs des banques centrales, les experts de la Commission et ceux de l’Agence monétaire ouest-africaine, ont permis de passer en revue les performances macroéconomiques des États membres. Les critères de convergence – déficit budgétaire, inflation, dette publique et stabilité des changes – restent loin d’être remplis par la majorité des pays. Pourtant, les participants ont choisi de mettre l’accent sur les progrès réalisés, tout en reconnaissant que des conditions restent à satisfaire. L’optimisme affiché contraste avec la réalité des chiffres, mais il répond à une exigence politique : maintenir la dynamique régionale malgré les obstacles.
Le sommet de Lungi, en juillet 2026, avait déjà réaffirmé la date de 2027, tout en introduisant une flexibilité nouvelle : l’ECO serait d’abord adopté par les États remplissant les critères, les autres bénéficiant d’un accompagnement pour une adhésion différée. Ce compromis, arraché après les alertes du sommet d’Abuja de décembre 2025, traduit les tensions entre la volonté d’intégration et la réalité des disparités économiques. La réactivation de la Task Force présidentielle, élargie à la Guinée, vise à donner un pilotage politique au processus, alors que les techniciens peinent à converger sur les règles communes.
Le départ annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao, bien qu’ils demeurent dans l’UEMOA et utilisent le franc CFA, complique la cartographie monétaire. Leur absence future du dispositif ECO n’est pas clarifiée, ce qui ouvre un vide juridique et politique. Par ailleurs, la coexistence de huit monnaies nationales, du naira au cedi en passant par le franc guinéen, rend l’harmonisation technique et politique particulièrement ardue. La réussite de l’ECO suppose non seulement une convergence économique, mais aussi un accord sur la gouvernance de la future banque centrale et sur le régime de change, sujets encore en débat.
La rencontre entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et le nouveau président de la Commission, le général Birame Diop, fin août, a confirmé que l’ECO est une priorité du mandat sénégalais. Mais elle a aussi rappelé que d’autres chantiers urgents – lutte contre le terrorisme, libre circulation, financement communautaire – mobilisent les mêmes énergies et les mêmes ressources limitées. L’équation est complexe : accélérer sur la monnaie unique sans sacrifier les autres piliers de l’intégration, ni négliger les fragilités sécuritaires et sociales des États membres.
Conakry a demandé à rejoindre la Task Force présidentielle, tout en réaffirmant avec force son attachement au franc guinéen, considéré comme un attribut de souveraineté. Cette double position, partagée implicitement par d’autres pays, montre que l’ECO reste perçu par beaucoup comme un objectif lointain, subordonné à des intérêts nationaux immédiats. La Cédéao devra donc naviguer entre le volontarisme politique et le réalisme économique, sous peine de voir le projet se vider de sa substance ou se réduire à une monnaie de complément pour quelques États pionniers.
Enfin, le silence du communiqué de Lungi sur le sort des trois pays sahéliens quittant la Cédéao est révélateur d’un consensus fragile. L’intégration monétaire ne peut ignorer que ces États restent adossés au franc CFA et à la garantie du Trésor français, ce qui les place dans un régime différent de celui des autres membres. À moins de deux ans de l’échéance, la Cédéao n’a toujours pas défini si l’ECO sera une monnaie unique ou un panier de devises, ni comment elle s’articulera avec le franc CFA. Ces questions, laissées en suspens, pourraient bien rendre le pari de 2027 intenable, à moins d’un sursaut politique et technique de dernière minute.



