L’administration de Donald Trump va accorder un prêt de 99,6 millions de dollars à l’opérateur Africell, via l’Export-Import Bank of the United States (EXIM). Ce financement doit permettre à l’entreprise d’acquérir des technologies auprès de fournisseurs américains et alliés, principalement pour ses activités en Angola. L’opération vise explicitement à offrir une alternative aux équipements du chinois Huawei, qui domine le marché africain des infrastructures télécoms.
Selon Counterpoint Research, Huawei détient environ 52 % du marché africain des infrastructures 5G et aurait fourni plus de la moitié des équipements 4G et 5G du continent. Le prêt américain doit donc financer le déploiement des dernières technologies de réseaux mobiles par Africell, présenté comme le seul opérateur télécoms détenu par des intérêts américains en Afrique. Le groupe, fondé en 2001, revendique environ 15 millions de clients en Angola, en Gambie, en République démocratique du Congo et en Sierra Leone. En Angola, il a déjà mis en place un centre de données reposant sur des technologies de HP, Nokia, Dell et Oracle. L’objectif affiché par Washington est de réduire la dépendance du continent aux solutions chinoises.
Cette initiative prolonge l’initiative Clean Network, lancée durant le premier mandat de Donald Trump, qui visait à écarter les technologies, applications et opérateurs chinois des infrastructures américaines et de celles des pays alliés. Huawei est depuis soumis à de lourdes sanctions américaines, Washington l’accusant de pouvoir faciliter l’espionnage des utilisateurs, des accusations que l’équipementier rejette. En 2022, l’ancienne secrétaire d’État adjointe américaine Wendy Sherman avait estimé, lors d’une visite dans les bureaux d’Africell Angola, que les pays recourant aux technologies Huawei pouvaient compromettre leur souveraineté et leurs données. La stratégie américaine s’étend désormais à l’intelligence artificielle, aux centres de données, au stockage, au cloud et aux réseaux, domaines dans lesquels Pékin défend une lecture opposée.
La concurrence entre Washington et Pékin ne porte plus seulement sur les équipements de téléphonie. Elle s’étend aux infrastructures de données, aux services numériques et aux solutions destinées à élargir l’accès à internet. Chaque fournisseur dispose ainsi de plusieurs points d’entrée dans les économies africaines. Le financement d’Africell pourrait servir de test pour d’autres opérations du même type, alors que l’administration américaine cherche à élargir l’offre technologique occidentale sur le continent. À terme, la bataille se jouera sur la capacité des uns et des autres à accompagner la souveraineté numérique africaine, entre dépendance technologique et partenariats stratégiques.
Africell dispose déjà d’un ancrage continental et d’un historique de financement américain. En 2018, il avait obtenu un prêt de 100 millions de dollars de l’Overseas Private Investment Corporation, devenue depuis la Development Finance Corporation, pour développer ses infrastructures de communication. L’opérateur intervient également dans l’écosystème numérique : avec le PNUD, il participe à l’initiative Timbuktoo dans des espaces d’innovation destinés aux jeunes entrepreneurs en Sierra Leone et en Gambie, auxquels il fournit internet haut débit, équipements 4G MiFi et dispositifs connectés.
De son côté, Huawei continue d’intervenir sur des besoins très différents. En Guinée équatoriale, l’équipementier accompagne l’opérateur public GETESA dans un programme de six mois destiné à accroître la capacité du réseau, améliorer les débits et réduire les interruptions. En Éthiopie, son partenariat avec Ethio Telecom couvre désormais l’intelligence artificielle, le cloud, la cybersécurité, l’Internet des objets et les centres de données. Au Malawi, il propose des solutions compactes et alimentées à l’énergie solaire pour réduire le coût du déploiement dans les zones rurales. Ces projets montrent que la compétition ne se limite pas aux réseaux mobiles : elle structure désormais l’ensemble de l’écosystème numérique africain.



