Le ralentissement structurel de l’économie chinoise redessine en profondeur les relations commerciales entre Pékin et le continent africain, avec des effets contrastés selon les pays et les secteurs. Selon un rapport publié le lundi 14 septembre par le think tank américain Atlantic Council, cette mutation crée des perdants du côté des producteurs de matières premières traditionnelles et des gagnants parmi les exportateurs de minerais critiques, tout en accentuant la pression concurrentielle sur les industries manufacturières africaines.
L’OCDE prévoit une croissance du PIB chinois de 4,5 % en 2026 et de 4,3 % en 2027, confirmant une tendance au ralentissement amorcée depuis plusieurs années. Le Bureau politique du Parti communiste chinois a lui-même adopté un ton inquiet en juillet dernier, appelant à soutenir la demande intérieure et à accélérer la transition vers de nouveaux moteurs de croissance. La croissance de 4,3 % enregistrée au deuxième trimestre 2026 constitue le niveau le plus bas depuis fin 2022. Cette faiblesse de la demande intérieure, conjuguée à la stagnation de la consommation et à la baisse des investissements, a rendu l’économie chinoise plus dépendante que jamais de la demande extérieure, gonflant son excédent commercial manufacturier à des niveaux record, notamment vis-à-vis des marchés émergents.
Cette configuration s’inscrit dans un contexte de multiplication des mesures protectionnistes aux États-Unis et en Europe, qui pousse Pékin à réorienter ses exportations vers de nouveaux débouchés. La Chine a cherché à consolider ses relations avec les pays africains en cultivant l’image d’un gigantesque marché pour leurs exportations et d’une source de stabilité économique. Mais l’évolution des dynamiques commerciales met ce récit à rude épreuve : les exportations chinoises vers l’Afrique ont progressé de 25,7 % en 2025 et de 19,3 % depuis le début de 2026, soit une croissance plus rapide que vers toute autre région du monde.
À l’avenir, cette réorientation devrait s’intensifier et remodeler durablement les équilibres économiques du continent sur trois fronts : en tant que marché pour les produits africains, en tant que fournisseur de biens manufacturés et en tant que concurrent sur les marchés tiers. Les économies africaines y font face avec des expositions très variables, selon leurs stades de développement, leurs structures industrielles et leurs mix d’exportation. L’étude de cas des trois plus grands exportateurs du continent vers la Chine, l’Angola, la RD Congo et l’Afrique du Sud, illustre cette diversité d’impacts et annonce des trajectoires divergentes pour les années à venir.
La demande chinoise de pétrole et de matières premières destinées à la construction, comme le minerai de fer, faiblit. Les exportations de pétrole brut angolais vers la Chine ont diminué de moitié en proportion du PIB de l’Angola au cours de la dernière décennie, et la recharge des véhicules électriques en Chine réduit désormais la consommation de carburant de 1,5 à 2 millions de barils par jour. À l’inverse, les exportations congolaises de cuivre et de cobalt, minerais critiques pour la transition énergétique, progressent rapidement, portées par une demande chinoise qui maintient les prix du cuivre à des niveaux très élevés. Les exportations de la RD Congo vers la Chine représentent désormais 25 % du PIB du pays, contre 16 % il y a cinq ans. Pour l’Afrique du Sud, les effets varient selon les minerais : stagnation du minerai de fer et du chrome, affectés par la surcapacité mondiale d’acier liée à la faible demande immobilière chinoise, mais envolée des exportations d’or entre 2022 et 2024, avant un ralentissement des volumes importés par la Chine en 2025 après la flambée des cours du métal jaune.
Elle peut aider les pays africains à remplacer des produits étrangers plus coûteux et contribuer au développement des infrastructures et à une électrification abordable. Mais cet afflux massif soumet les industries africaines établies à une pression concurrentielle accrue, menaçant de perpétuer la dépendance du continent aux exportations de matières premières brutes. C’est précisément pour cette raison que l’Afrique du Sud a pris des mesures de défense commerciale, imposant des droits antidumping sur l’acier chinois et envisageant des droits de douane pouvant atteindre 50 % sur les importations de véhicules en provenance du géant asiatique. Enfin, la concurrence entre la Chine et l’Afrique sur les marchés tiers demeure un risque limité : l’Angola et la RD Congo rivalisent peu avec Pékin, leurs exportations étant dominées par les matières premières brutes. Les exportations sud-africaines chevauchent davantage celles de la Chine, mais le degré de similarité des paniers d’exportation ne représente que la moitié de celui observé avec l’Allemagne, le Japon ou les États-Unis.



