Washington annonce le retrait du Rwanda de l’AGOA au 1er janvier 2027 et multiplie les sanctions, tandis que Kigali maintient une coopération active avec les États-Unis sur la santé, les minerais et la sécurité régionale.
L’administration Trump a annoncé son intention de retirer le Rwanda du régime AGOA à compter du 1er janvier 2027, une décision qui priverait certains produits rwandais de l’accès préférentiel au marché américain. Cette mesure s’ajoute à une série de sanctions visant des responsables et institutions du pays, notamment le ministère de la Défense et l’institution financière Zigama, accusés de soutenir le M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans son annonce du lundi 2 novembre, le représentant de la Maison Blanche au Commerce, Jamieson Greer, invoque des obstacles au commerce et à l’investissement au Rwanda, ainsi que des préoccupations relatives à l’État de droit, au pluralisme politique et aux intérêts américains dans la région. Le Trésor, de son côté, lie explicitement ses sanctions à la guerre en RDC. Après avoir visé l’armée rwandaise et quatre de ses hauts responsables en mars, il a sanctionné le 28 octobre le ministère de la Défense et Zigama, accusée d’avoir facilité des achats d’équipements militaires et des transactions au profit du M23 et de ses alliés. Ces mesures traduisent une volonté américaine d’exercer une pression croissante sur Kigali, sans pour autant rompre les canaux de dialogue.
Ce n’est pas la première fois que Washington adopte une posture ambivalente à l’égard de Kigali. Lors de la précédente crise du M23, en 2012 et 2013, les États-Unis avaient suspendu certains financements militaires, tout en préservant, par dérogations, l’aide destinée à renforcer les capacités rwandaises de maintien de la paix, selon le service de recherche du Congrès américain. Cette approche différenciée s’explique par le poids militaire et diplomatique que le Rwanda a su construire dans les Grands Lacs, mais aussi au-delà, notamment au Mozambique et en Centrafrique, où ses interventions ont consolidé sa réputation de partenaire sécuritaire. Kigali a ainsi converti son avantage militaire en levier politique, selon l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa).
Dans les prochains mois, plusieurs échéances permettront de mesurer la solidité de la coopération bilatérale. La mise en œuvre du partenariat sanitaire, signé fin août après les sanctions de mars, servira de test : le protocole conclu en décembre 2025 prévoit jusqu’à 158 millions de dollars de soutien américain sur cinq ans, notamment pour lutter contre le VIH et le paludisme, auxquels Kigali prévoit d’ajouter 70 millions de dollars. Washington compte également financer l’entreprise américaine Ginkgo Bioworks pour renforcer la détection d’épidémies au Rwanda. Dans l’est congolais, les étapes décisives restent un retrait rwandais vérifiable et le passage du plan congolais de désarmement des FDLR à son exécution. De ces progrès dépendra la capacité de Kigali et de Kinshasa à concrétiser les projets économiques qui ont nourri l’engagement américain dans la région.
Sur le plan commercial, l’impact du retrait de l’AGOA demeure circonscrit. Selon les Nations unies, la franchise douanière ne couvrait que 4,1 millions de dollars de marchandises en 2023, sur 37,7 millions de dollars d’exportations rwandaises vers les États-Unis. Au deuxième trimestre 2026, les États-Unis n’ont absorbé que 4,4 % des exportations rwandaises hors réexportations, derrière la Chine, les Émirats arabes unis et la RDC. La relation compte toutefois davantage pour Washington dans certaines filières stratégiques. En juin, la compagnie Trinity Metals déclarait avoir expédié plus de 320 tonnes de concentré de tungstène de sa mine de Nyakabingo vers une usine de Pennsylvanie. Depuis un contrat signé en août 2025, ces livraisons pourraient représenter jusqu’à 20 % de la consommation américaine de concentré primaire de tungstène, utilisé notamment dans l’industrie de défense.
Washington tente depuis 2025 de jouer un rôle actif de médiation dans le dossier congolais. Les dernières réunions ont permis de préciser les étapes du désarmement et du retrait, mais leur exécution reste en suspens. En août, Kinshasa a présenté un plan de désarmement des FDLR, groupe armé d’origine rwandaise actif dans l’est de la RDC. Kigali et Kinshasa sont aussi convenus de faire avancer deux propositions pour mieux vérifier leurs engagements sur le terrain, en sollicitant l’avis des États-Unis. Au-delà de ce cadre, Washington compte sur l’accord économique signé par le Rwanda et la RDC fin 2025 pour améliorer la traçabilité des minerais et ouvrir des possibilités d’approvisionnement aux entreprises américaines. Ce projet régional reste toutefois suspendu à la coopération entre les deux voisins, et donc à la capacité de Kigali à concilier ses intérêts sécuritaires avec les exigences américaines.



