Le gouvernement tchadien a brisé le silence, le 12 mars, pour répondre aux graves accusations de répression portées contre ses services de sécurité devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Alors que plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé une escalade de la violence d’État visant l’opposition, N’Djamena a choisi une défense en demi-teinte, reconnaissant l’existence de dérives tout en renvoyant vers la justice pour justifier l’inaction politique. Cette sortie médiatique vise à contenir la pression diplomatique sans pour autant admettre une quelconque responsabilité systémique.
Le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Youssouf Tom, a ainsi admis que des incidents impliquant les services de renseignement peuvent survenir « de temps en temps », mais a tenu à rassurer sur le rôle supposé de l’institution judiciaire pour corriger ces écarts. « S’il y a des cas judiciaires, on les défère à la justice. Il n’y a pas de pays sans services de renseignement, mais il faut encadrer les choses », a-t-il plaidé. Une réponse qui semble éluder la nature profonde des accusations : la critique ne porte pas sur l’existence de l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANS), mais sur son rôle présumé d’instrument de terreur politique agissant en toute impunité.
Ces accusations ont été formulées début mars à Genève lors de l’examen du troisième rapport périodique du Tchad sur l’application du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La Ligue tchadienne des droits de l’Homme et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont dépeint un tableau alarmant de la situation sécuritaire dans le pays. Elles attribuent directement à l’ANS, ces services de renseignement placés sous l’autorité directe de la présidence, une campagne de répression méthodique contre les voix dissidentes.
Le bilan présenté par ces ONG est accablant. Elles évoquent « 200 disparitions forcées, 600 arrestations, dont celles d’environ 80 mineurs », survenues lors de la répression des manifestations du 20 octobre 2022, un épisode déjà tristement surnommé « jeudi noir ». Au-delà des chiffres, les organisations dénoncent des « actes graves de torture et de mauvais traitements » infligés aux détenus, ainsi que des conditions de détention inhumaines. Elles soulignent également un rétrécissement alarmant de l’espace civique, avec de « sévères restrictions » à la liberté d’expression.
Cette défense du gouvernement tchadien, bien que rodée, ne dissipe pas les doutes sur la volonté politique réelle d’enquêter sur des unités d’élite aussi sensibles que l’ANS. En renvoyant la balle à une justice qui manque cruellement d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif, N’Djamena prend le risque de voir sa crédibilité s’éroder un peu plus sur la scène internationale. Pour les observateurs, cette réponse illustre le fossé persistant entre la communication officielle et la réalité du terrain, où la chasse aux opposants et la restriction des libertés fondamentales semblent être devenues la norme.



