L’Afrique a enregistré une croissance historique de 54 % de ses installations solaires photovoltaïques en 2025, selon le dernier rapport du Global Solar Council (GSC). Avec environ 4,5 gigawatts (GW) de nouvelles capacités installées, le continent dépasse son précédent record et accélère sa transition énergétique, bien qu’un déficit de financement privé menace cette dynamique.
Cette croissance, la plus forte jamais enregistrée annuellement sur le continent, s’appuie sur une double dynamique. D’un côté, les grands projets publics à l’échelle industrielle, qui représentent encore 56 % des nouvelles capacités. De l’autre, une expansion rapide des systèmes distribués (toits, captifs, commerciaux), financés par des fonds privés et portés par la demande des ménages et des entreprises. Ces installations, souvent mal comptabilisées, suggèrent que la progression réelle pourrait être supérieure aux 4,5 GW officiels.
Cette accélération s’inscrit dans un contexte de demande électrique croissante, de contraintes persistantes sur les réseaux nationaux et de baisse continue des coûts de la technologie photovoltaïque. Elle marque aussi une diversification géographique. Si l’Afrique du Sud reste leader (1,6 GW), suivie du Nigeria (803 MW), de l’Égypte et de l’Algérie, de nouveaux marchés émergent. Huit pays ont installé plus de 100 MW en 2025, contre quatre en 2024, signe d’une diffusion plus large de la transition solaire.
Les perspectives à moyen terme restent ambitieuses. Le rapport prévoit un taux de croissance annuel composé de 21 % jusqu’en 2029, ce qui pourrait porter l’ajout de capacité à plus de 33 GW. Pour y parvenir, l’association avec le stockage par batterie et le renforcement des réseaux sont présentés comme des impératifs. Cependant, cette trajectoire est conditionnée à une réforme en profondeur des modèles de financement, aujourd’hui inadaptés.
Le principal frein identifié est un paradoxe financier. Environ 82 % du financement des énergies propres en Afrique provient encore de sources publiques et de développement, orientées vers les grands projets. Les systèmes distribués, moteurs de la croissance, peinent à accéder à des capitaux privés adaptés (montants modestes, durées courtes, financement en monnaie locale). Ce décalage risque d’augmenter les coûts et de ralentir le déploiement.
Pour Damilola Ogunbiyi, du programme Énergie durable pour tous de l’ONU, exploiter le potentiel solaire africain nécessite d’attirer massivement les investissements. Le Global Solar Council plaide pour une transformation des cadres réglementaires et financiers, plus stables et prévisibles, capables de soutenir les projets décentralisés. Il appelle également à une meilleure collecte de données pour refléter la réalité du terrain et guider efficacement les investissements dans les réseaux et le stockage.
L’écart entre les importations de panneaux solaires, en hausse de 60 %, et les statistiques officielles de déploiement confirme l’essor mal mesuré du solaire décentralisé. Sans une adaptation rapide des mécanismes de financement et de planification, l’Afrique risque de ne pas capter toute la valeur économique de sa révolution solaire, alors que sa demande énergétique devrait être multipliée par huit d’ici 2050.



