Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a déclaré, mardi 31 mars, que la Russie dispose de l’influence nécessaire pour contribuer à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Lors d’un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, il a appelé Moscou à jouer un rôle actif dans la désescalade des tensions régionales, tout en réaffirmant la centralité de la sécurité arabe pour l’Égypte. Une prise de parole qui dépasse la simple déclaration de principe.
Al-Sissi a insisté sur l’urgence de contenir l’escalade, rappelant les efforts déployés par Le Caire avec ses partenaires habituels. Il a souligné que la sécurité des pays arabes est une extension directe de la sécurité nationale égyptienne. Dans ce cadre, il a estimé que le poids international de Moscou pouvait être décisif pour infléchir l’évolution du conflit. De son côté, Poutine a salué les initiatives égyptiennes et exprimé sa volonté d’œuvrer à une désescalade rapide, sans toutefois annoncer de mesure concrète.
Cet appel intervient dans une région déjà fragilisée par la guerre à Gaza, les tensions en mer Rouge et les frappes au Yémen. L’Égypte subit de plein fouet les répercussions économiques : chute des recettes du canal de Suez, inflation importée, pression sur les devises étrangères. Historiquement proche des États-Unis, Le Caire cherche depuis plusieurs mois à diversifier ses appuis diplomatiques. La Russie, présente militairement en Syrie et en Libye, apparaît comme un levier utile face à un désengagement américain perçu comme croissant.
Reste à savoir si cet appel à l’influence russe débouchera sur des actes. Moscou, accaparé par sa guerre en Ukraine et ses propres équilibres au Moyen-Orient, pourrait utiliser cette main tendue pour renforcer sa présence régionale sans s’engager militairement. Pour l’Égypte, le pari est risqué : s’éloigner trop visiblement de Washington pourrait compromettre l’aide militaire annuelle et les financements du FMI. La marge de manœuvre égyptienne est étroite, et Poutine le sait.
Al-Sissi a profité de l’échange pour remettre la question palestinienne au centre du jeu. Il a plaidé pour la poursuite du cessez-le-feu à Gaza, l’acheminement d’une aide humanitaire suffisante et le lancement rapide de la reconstruction. Il a réitéré son attachement à une solution à deux États, avec un État palestinien indépendant dans les frontières du 4 juin 1967 et Jérusalem-Est pour capitale. Une position constante, mais qui peine à convaincre tant les dynamiques sur le terrain s’éloignent de cette perspective.
Au delà du registre sécuritaire, les deux présidents ont évoqué des projets structurants. La centrale nucléaire d’El Dabaa, construite par Rosatom, et la zone industrielle russe dans la zone économique du canal de Suez illustrent l’ancrage économique de cette relation bilatérale. Ces chantiers, souvent ralentis par des retards de financement ou des contraintes logistiques, sont devenus des symboles de la volonté égyptienne de ne pas mettre tous ses œufs dans le panier occidental. Une stratégie de hedging assumée, mais dont les résultats restent à l’épreuve des faits.



