L’Algérie, l’Afrique du Sud et l’Égypte dominent le classement africain de l’indice de durabilité des systèmes alimentaires (RFSI) 2024. Cette évaluation, qui mesure la capacité des pays à garantir un accès à une alimentation nutritive malgré les chocs, place ces trois nations dans le top 40 mondial, loin devant le reste du continent. Elle met en lumière un fossé grandissant en Afrique entre des économies dotées de moyens structurels et des États fragilisés, redéfinissant les priorités d’investissement et les alliances dans un contexte d’insécurité alimentaire croissante.
Le rapport 2024 sur l’indice de durabilité des systèmes alimentaires (Food Sustainability Index – RFSI) a été rendu public, classant 12 pays africains parmi les 78 nations étudiées. Développé par la Fondation Barilla pour l’alimentation et la nutrition en collaboration avec l’unité de recherche Intelligence Unit du journal The Economist, cet indice évalue la performance des systèmes alimentaires selon trois piliers : les pertes et gaspillages, l’agriculture durable et les défis nutritionnels.
Selon ce classement, l’Algérie se positionne comme le leader africain avec une note de 64,7 points, se hissant à la 32e place mondiale. Elle est suivie de près par l’Afrique du Sud (62,7 points, 38e mondiale) et l’Égypte (62,2 points, 39e mondiale). Ces scores contrastent fortement avec ceux des autres pays du continent inclus dans l’étude, qui peinent à dépasser la moyenne. L’écart de performance entre le pays le mieux classé et le moins bon au niveau mondial atteint 42 points, soulignant la disparité des situations. Le rapport ne détaille pas la méthodologie pour chaque pays africain, mais souligne les facteurs globaux qui pénalisent le continent.
La publication de cet indice intervient dans un contexte de multiplication des crises affectant les chaînes d’approvisionnement mondiales et locales. Plusieurs facteurs expliquent la performance relative des trois pays leaders et les faiblesses des autres.
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Le rapport pointe que les mauvais résultats de la majorité des pays africains étudiés sont dus à une forte vulnérabilité au changement climatique (sécheresses, inondations), à l’instabilité politique dans certaines régions, et à un manque chronique d’investissements dans le secteur agricole. La faiblesse des infrastructures de stockage et de transport amplifie les pertes post-récolte, un critère clé de l’indice.
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Pour l’Algérie, l’Égypte et l’Afrique du Sud, le score reflète des décisions politiques antérieures. L’Égypte a massivement investi dans des projets de serres et de terres agricoles “verticales” pour réduire sa dépendance aux importations et aux fluctuations du Nil. L’Algérie a poursuivi son programme de soutien aux filières stratégiques (blé dur, viandes rouges) via des subventions et des quotas d’eau. L’Afrique du Sud, de son côté, dispose d’un secteur agro-industriel historiquement structuré et capitalisé, mieux armé pour faire face aux chocs.
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La demande alimentaire urbaine croissante et les émeutes de la faim passées (comme au Soudan ou au Mozambique) agissent comme un aiguillon pour les gouvernements. La durabilité du système alimentaire devient un impératif de stabilité politique, poussant les exécutifs à intégrer ces critères dans leurs plans de développement.
Ce classement ne se contente pas de donner des notes ; il esquisse une cartographie des acteurs et des intérêts.
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Les “gagnants” sont les trois États cités, dont les gouvernements peuvent arguer d’une certaine résilience pour attirer les investisseurs étrangers. Les “perdants” sont les pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est les moins bien classés, dont la dépendance aux importations de céréales et la vulnérabilité climatique sont sanctionnées par l’indice. Cela peut renforcer leur perception comme zones à risque pour les investissements agricoles à long terme.
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Pour les institutions financières internationales (BAD, Banque mondiale, FMI) et les investisseurs privés, ce type d’indice devient un outil d’évaluation des risques. Un mauvais score peut conditionner l’octroi de prêts ou renchérir leur coût, tandis qu’un bon score peut faciliter les partenariats public-privé dans l’agro-industrie. L’Union européenne, dans sa stratégie “De la ferme à la table”, est attentive à ces indicateurs pour orienter ses programmes d’aide au développement et ses accords commerciaux.
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Pour les pays mal classés, la marge de manœuvre est étroite. Ils sont pris en tenaille entre la nécessité d’investir massivement dans des infrastructures coûteuses et l’urgence de subventionner les produits de base pour une population vulnérable, ce qui obère leurs budgets.
Ce classement pourrait influencer les stratégies d’investissement. Les fonds dédiés à l’agriculture durable et à l’agro-industrie (fonds climat, fonds d’impact) pourraient utiliser le RFSI comme un filtre, privilégiant les pays présentant les meilleures notes et les réformes les plus solides. Pour les autres, l’accès à ces capitaux deviendra plus difficile, creusant l’écard de développement agricole. Cela pourrait également inciter à des coopérations régionales, les pays les plus solides jouant un rôle de pôle de stabilité et de transformation pour leurs voisins, comme c’est déjà le cas avec les chaînes de valeur de l’Afrique du Sud dans la SADC.
À surveiller
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La publication des éditions 2025 de l’indice, qui permettra de mesurer les progrès (ou les reculs) des pays africains, notamment ceux qui ont lancé des réformes agricoles post-crise ukrainienne.
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L’évolution de l’indice de vulnérabilité climatique des pays d’Afrique de l’Ouest sahélienne. Une aggravation pourrait les faire chuter davantage dans le classement et accélérer les crises alimentaires.
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La réponse des institutions financières panafricaines, comme la Banque africaine de développement. On surveillera si elles intègrent explicitement les critères du RFSI dans leurs grilles d’évaluation des projets agricoles ou dans le dialogue politique avec les États membres pour orienter les financements de “Faim Zéro” ou de “Technologies agricoles pour l’Afrique”.



