Lors d’une visite officielle à Rabat ce lundi 26 février, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a fermement réaffirmé la solidité du partenariat entre le Sénégal et le Maroc, déclarant que leur amitié était « plus forte que les émotions » suscitées par la finale controversée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Cette déclaration, faite lors de la 15e session de la commission mixte entre les deux pays, vise explicitement à désamorcer les tensions nées sur les réseaux sociaux après le match et à réaffirmer la priorité stratégique des relations bilatérales.
La visite d’Ousmane Sonko, à la tête d’une délégation ministérielle substantielle, a débouché sur la signature de dix-sept accords de coopération couvrant des domaines variés tels que l’enseignement supérieur, l’industrie, l’agriculture et l’économie numérique. Le chef du gouvernement sénégalais a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un « voyage d’apaisement », mais d’une démarche de « confirmation, de dépassement et de refondation » du lien entre les deux nations. Son homologue marocain, Aziz Akhannouch, a pour sa part souligné que les relations étaient « basées sur une assise solide », minimisant implicitement l’incident sportif.
Ce rappel à l’ordre diplomatique s’inscrit dans un contexte de vive émotion populaire suite à la finale du 18 janvier, remportée par le Sénégal (1-0) sur le sol marocain. Le match avait viré au chaos après un penalty controversé accordé au Maroc en fin de rencontre, provoquant l’invasion du terrain par des supporters sénégalais et le retrait temporaire des joueurs sénégalais. Ces incidents ont donné lieu à des poursuites judiciaires contre dix-huit supporters et à une guerre en ligne entre communautés, risquant d’écorner l’image d’un partenariat souvent présenté comme exemplaire.
Les perspectives immédiates sont marquées par la volonté affichée des deux gouvernements de rapidement tourner la page. La tenue d’un forum économique maroco-sénégalais prévu durant cette visite en est la concrétisation. L’objectif est de recentrer le dialogue sur les enjeux structurels de long terme, dans un cadre institutionnel robuste. Cette gestion de crise rapide par le haut témoigne de l’importance capitale que Rabat et Dakar accordent à leur relation, au moment où le Maroc consolide son ancrage en Afrique subsaharienne et où le Sénégal cherche des partenaires économiques diversifiés.
La profondeur des liens humains et économiques entre les deux pays constitue un puissant antidote aux tensions éphémères. Le Sénégal représente la première nationalité étrangère résidant au Maroc, avec 18,4% des migrants, illustrant une dynamique d’échanges et d’intégration considérable. Cette réalité démographique et sociale, couplée à des affinités religieuses et historiques, forme le socle sur lequel s’appuient les dirigeants pour relativiser les incidents. Déjà la semaine dernière, le roi Mohammed VI s’était dit confiant que « la fraternité interafricaine » l’emporterait.
L’analyse politique suggère que cette séquence démontre la maturité du lien bilatéral. En qualifiant les débordements de simples « excès émotionnels produits par la ferveur » et non de « fractures politiques », Ousmane Sonko opère un cadrage délibéré. Il s’agit d’empêcher qu’un événement sportif, aussi passionnel soit-il, ne vienne entraver des coopérations stratégiques dans des domaines vitaux comme la sécurité, l’énergie ou les infrastructures. La réaction rapide et coordonnée des deux capitales montre leur détermination à ne laisser aucun espace à une détérioration durable de l’opinion publique.



