La police béninoise a lancé un avis de recherche assorti d’une récompense de 20 millions de francs CFA (environ 30 000 euros) pour toute information permettant la capture des principaux responsables de la tentative de coup d’État du 7 décembre dernier. L’affiche, diffusée depuis ce lundi 2 mars dans la presse et sur les réseaux sociaux, cible neuf individus, dont le colonel Pascal Tigri, présenté comme le cerveau de l’opération qui visait à renverser le président Patrice Talon.
L’initiative des autorités intervient près de trois mois après les faits, alors que les principaux suspects courent toujours. La police garantit l’anonymat aux informateurs et les invite à fournir des « informations sérieuses et vérifiables » par téléphone. Le document, largement partagé, montre les portraits des neuf fugitifs avec leurs noms et prénoms. Le colonel Tigri, figure centrale du putsch avorté, y apparaît sous deux angles distincts : en costume civil et en tenue militaire, signe que les enquêteurs cherchent à faciliter son identification sous toutes ses apparences.
Le 7 décembre 2024, un groupe de militaires avait fait irruption sur le plateau de la télévision nationale pour proclamer la chute du régime, avant que l’armée ne reprenne rapidement le contrôle de la situation. Si certains putschistes avaient été interpellés dans la foulée, plusieurs meneurs, dont Tigri, avaient réussi à prendre la fuite. Outre les militaires aperçus à l’écran ce jour-là, l’avis de recherche inclut un profil moins exposé médiatiquement : selon des sources concordantes, il s’agirait d’un policier à la retraite dont le domicile aurait servi de lieu de détention temporaire aux deux chefs d’état-major pris en otage lors des événements, avant leur libération.
Cette tentative de déstabilisation s’inscrit dans un climat politique béninois déjà tendu depuis la réélection controversée de Patrice Talon en 2021. Le chef de l’État, surnommé « le manager du Bénin », est régulièrement critiqué pour sa gestion jugée autoritaire et l’éviction de ses principaux opposants de la scène politique. Si le pays faisait figure de modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, les dernières années ont vu se multiplier les accusations de dérive sécuritaire et de verrouillage de l’espace civique.
Du côté des autorités, on assure que la traque se poursuit sans relâche. Des mandats d’arrêt internationaux ont déjà été émis, et plusieurs sources indiquent que cet avis de recherche pourrait être complété dans les prochains jours, laissant présager l’identification de nouveaux complices ou commanditaires encore dans la nature. La question de l’éventuelle implication de forces extérieures, souvent évoquée dans ce type de tentative, reste pour l’instant sans réponse officielle.
L’efficacité de cette prime reste à prouver. Si ce type de méthode a déjà porté ses fruits dans d’autres pays de la sous-région pour dénouer des affaires similaires, elle expose également les informateurs à d’éventuelles représailles. La garantie d’anonymat promise par la police béninoise devra être rigoureusement tenue pour susciter la confiance. En attendant, l’image du colonel Tigri, double visage d’un putsch raté, continue de circuler, symbole des fragilités persistantes d’un régime qui se croyait à l’abri.



