L’ancien ministre béninois et vice-président du parti d’opposition Les Démocrates, Alassane Tigri, a été placé sous mandat de dépôt ce 29 janvier. Il est poursuivi pour des charges incluant le “complot contre l’autorité de l’État”, selon des informations judiciaires rapportées par les médias locaux. Cette arrestation intervient dans le sillage direct de la tentative de renversement du président Patrice Talon, survenue le 7 décembre dernier.
La gravité des accusations pèse sur une figure politique reconnue. Alassane Tigri n’est pas seulement un cadre de l’opposition ; il est également le frère aîné du lieutenant-colonel Pascal Tigri, identifié comme le principal instigateur de la tentative de putsch. Les charges retenues suggèrent que l’enquête judiciaire ne se limite plus aux seuls acteurs militaires de l’opération, mais explore désormais leurs potentielles connexions politiques et civiles, au plus haut niveau.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte politique béninois particulièrement tendu, marqué par une fracture profonde entre le pouvoir et une opposition qu’il accuse régulièrement de menées “subversives”. Depuis sa réélection en 2021 dans un scrutin boycotté par les principaux partis d’opposition, Patrice Talon a consolidé son contrôle sur les institutions. L’épisode du 7 décembre, bien que rapidement maîtrisé, a représenté le premier choc putschiste de son mandat et a révélé des fractures au sein même de l’armée, un pilier traditionnellement stable de l’État.
Les perspectives immédiates sont judiciaires et politiques. D’une part, l’enquête devrait se poursuivre pour déterminer l’étendue réelle du réseau des putschistes présumés et les éventuels soutiens internes ou externes. D’autre part, cette arrestation d’une figure de l’opposition risque d’exacerber les tensions et d’alimenter les accusations de répression politique, le pouvoir pouvant être tenté d’assimiler toute critique à une complicité avec les factieux. La capacité de l’appareil judiciaire à conduire un procès équitable sera scrutée.
Pour les observateurs, la distinction entre poursuites légitimes pour un crime grave et instrumentalisation politique sera cruciale. La charge de “complot” est souvent controversée dans l’espace ouest-africain, pouvant servir à étouffer toute dissidence. La défense d’Alassane Tigri et la réaction de son parti Les Démocrates, ainsi que de la communauté internationale, permettront d’évaluer la nature de ce dossier.
L’échec militaire du putsch ne signifie pas la fin de la crise. La fuite du lieutenant-colonel Pascal Tigri reste une épine dans le pied des services de sécurité et un symbole de vulnérabilité. Par ailleurs, cette affaire place l’armée béninoise sous une lumière nouvelle, obligeant le régime à naviguer entre une nécessaire épuration discrète et le maintien de la cohésion des forces armées, dans une région secouée par une série de coups d’État.
En définitive, cette arrestation marque une nouvelle phase, transitionnant de la réponse sécuritaire immédiate à un processus judiciaire aux ramifications potentiellement explosives. Elle pose une question centrale pour l’avenir du Bénin, souvent présenté comme un modèle démocratique : le régime de Patrice Talon saura-t-il répondre à une menace réelle contre l’État sans sacrifier les libertés politiques et sans utiliser l’épisode pour verrouiller davantage l’espace public ? La suite de la procédure contre Alassane Tigri apportera un premier élément de réponse.



