Le paysage politique béninois se fige un peu plus. Les résultats définitifs des élections municipales du 7 janvier, proclamés mardi 27 janvier 2026, attribuent la totalité des 1 815 sièges de conseillers communaux aux deux partis de la majorité présidentielle. Aucune voix discordante ne pourra s’élever des collectivités locales pour les sept prochaines années.
Sans surprise, l’Union progressiste le Renouveau (UP-R) du président de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbenou, et le Bloc républicain de l’ancien ministre Abdoulaye Bio Tchané se sont partagé l’ensemble des postes. L’UP-R obtient 963 sièges et le Bloc républicain 852, selon des scores respectifs d’environ 49% et 45%. La participation, elle, a été historiquement basse, ne dépassant pas 37% des inscrits, signe d’une démobilisation électorale significative.
Cette élection s’inscrit dans un processus de verrouillage progressif du jeu démocratique béninois depuis la réélection de Patrice Talon en 2021. Un code électoral controversé a entraîné l’éviction de la plupart des formations d’opposition. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, n’a tout simplement pas été autorisé à concourir pour ces municipales en raison d’un dossier jugé irrecevable. Seul le parti des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), considéré comme une opposition modérée, a pu participer, mais sans succès.
L’échéance politique majeure est désormais l’élection présidentielle du 12 avril, qui doit clore le cycle électoral de 2026 et acter le départ de Patrice Talon, au terme de son second et dernier mandat. Ce scrutin local renforce le camp présidentiel en lui assurant une assise territoriale sans partage, un atout décisif dans la perspective de la présidentielle. Cependant, cette concentration extrême du pouvoir pose la question de la crédibilité et de la représentativité du futur scrutin national.
Le scrutin a été marqué par un silence institutionnel troublant. La Commission électorale nationale autonome (Cena) a mis vingt jours à publier les résultats définitifs, sans que son président, Sacca Lafia, n’en explique les raisons. Les rares recours possibles seront examinés par la Cour suprême, une institution dont l’indépendance est régulièrement contestée par l’opposition et des observateurs internationaux.
Ce résultat consacre l’absence totale de contre-pouvoir institutionnel au Bénin. Après avoir remporté tous les sièges à l’Assemblée nationale lors des législatives précédentes, le pouvoir central contrôle désormais intégralement l’échelon local. Cette situation inédite depuis le retour à la démocratie dans les années 1990 transforme les collectivités territoriales en simples relais administratifs d’une majorité omnipotente, soulevant des inquiétudes quant à la santé de la démocratie et à la gestion des affaires locales.



