Le président sortant du Bénin, Patrice Talon, a voté pour la dernière fois dimanche 12 avril 2026, en qualité de chef de l’État. Non candidat à sa propre succession, il a salué une campagne électorale placée sous le signe de « la fraternité et de la convivialité », affirmant que le pays avait « franchi un cap dans son histoire ». Un bilan autosatisfait qui ne dit pas tout des tensions passées.
Devant la presse, Talon s’est dit « enchanté » par l’ambiance observée depuis le lancement du cycle électoral en novembre 2025. Il a souligné que les acteurs politiques avaient « tourné le dos à l’invective », un contraste assumé avec les scrutins précédents. Mais le chef de l’État a aussi émis une mise en garde : trop de sérénité risquerait d’« émousser les ardeurs » des électeurs, appelant au civisme pour éviter une faible participation.
Cette déclaration intervient après plusieurs années marquées par une réforme politique controversée, accusée par l’opposition de verrouiller le jeu démocratique. Réduction du nombre de partis, modification du code électoral, contrôle renforcé des candidatures : le passage en force de Talon avait suscité des vagues de contestation. En saluant aujourd’hui une « adhésion du peuple entier », le président sortant referme son mandat sur une lecture très personnelle de son héritage.
L’élection oppose principalement Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et candidat de la majorité, à Paul Hounkpè, figure de l’opposition. Près de 7,9 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. L’issue du scrutin déterminera si la « normalisation » politique vantée par Talon survit à son départ. Le futur président devra aussi composer avec un Conseil des sages, où siégera Talon aux côtés d’autres anciennes personnalités, une instance dont l’influence réelle reste à prouver.
En affirmant que « le meilleur est à venir », Talon livre un message à double tranchant. D’un côté, il tente de rassurer sur la continuité de l’État et la compétence de ses équipes. De l’autre, il admet implicitement que son bilan n’a été qu’une série de « petits pas ». Son souhait affiché de voir un Bénin « grand et puissant » relève presque du vœu pieux, tant les défis économiques et sociaux restent entiers, malgré les infrastructures réalisées.
Interrogé sur son avenir, Talon évoque la « retraite » et le besoin de « s’amuser », mais confirme sa place au Conseil des sages. Il refuse de briguer la présidence de cette instance, affirmant que seul l’esprit de conciliation compte. Un positionnement habile : présent sans paraître accroché au pouvoir, influent sans assumer la responsabilité directe. Reste à savoir si cette « chambre de sagesse » ne deviendra pas un outil de tutelle discret pour l’ancien chef de l’État.



