Une manifestation d’ampleur se prépare samedi à Ouagadougou. La Coordination nationale des associations de veille citoyenne (CNAVC) appelle à un rassemblement devant le siège de l’Union européenne pour protester contre une résolution du Parlement européen adoptée le 12 mars. Ce texte, qui réclame la libération de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, est perçu par les organisateurs comme une ingérence directe dans les affaires des États de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le rendez-vous est fixé à 8 heures au rond-point des Héros nationaux, dans le quartier Ouaga 2000. Les manifestants prévoient de marcher ensuite jusqu’à la représentation de l’UE pour y remettre une déclaration. Au nom de la coordination, Omar Michel Kopia, son président du mois, a souligné que cette action marque un rejet catégorique de ce qu’il nomme « les pressions extérieures ». À l’issue de la marche, un ultimatum de 72 heures sera adressé à l’institution européenne, avec une menace claire : demander son départ du territoire des pays de l’AES en l’absence de réponse satisfaisante.
Cette mobilisation s’inscrit dans un climat de défiance croissante entre les capitales sahéliennes et leurs partenaires occidentaux traditionnels. Depuis les changements de régime intervenus au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les relations avec Paris et Bruxelles se sont considérablement détériorées. La Confédération des États du Sahel, créée par ces trois pays après leur retrait de la CEDEAO, a elle-même qualifié la résolution européenne d’« ingérence grave et délibérée ». La dénonciation des ingérences est devenue un pilier du discours officiel dans ces États, où la rhétorique souverainiste sert aussi à consolider la légitimité des transitions en cours.
Au-delà de la seule journée de samedi, le mouvement annoncé par la CNAVC pourrait ouvrir une nouvelle phase dans le bras de fer entre l’AES et l’UE. L’évocation d’un ultimatum et de possibles demandes de départ des représentants européens constitue une escalade inédite, même dans un contexte déjà tendu. Bruxelles, qui a maintenu une ligne critique sur les dérives sécuritaires et politiques dans la région, devra choisir entre apaisement et fermeté. La réponse à cet ultimatum sera scrutée comme un indicateur de la capacité du bloc européen à maintenir sa présence diplomatique face à des autorités qui revendiquent haut et fort leur souveraineté totale.
Le mouvement dépasse les seules frontières burkinabè. Les organisateurs ont affirmé que des marches similaires sont envisagées au Mali et au Niger, laissant présager une synchronisation des mobilisations citoyennes au sein de l’AES. Cette coordination des sociétés civiles, souvent proches des pouvoirs en place, renforce la dimension régionale du conflit et transforme une critique adressée au Niger en un front commun contre ce qui est perçu comme une ingérence néocoloniale.
L’analyse de la résolution européenne elle même révèle une partie des tensions. En se saisissant du cas de Mohamed Bazoum, dont la destitution en juillet 2023 avait été largement condamnée par la communauté internationale, le Parlement européen touche un symbole politique extrêmement sensible. Pour les autorités de l’AES, défendre leur refus de libérer l’ancien président, assigné à résidence à Niamey, est devenu une question de principe de non-ingérence. La société civile burkinabè, en se positionnant sur ce terrain, agit moins comme un contre-pouvoir que comme un relais assumé de cette ligne souverainiste, brouillant les frontières traditionnelles entre défense citoyenne et soutien aux politiques publiques.



