Le Burkina Faso a enregistré en 2024 un niveau historique de recettes issues de son secteur extractif. Selon les données publiées par l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), les activités minières et extractives ont généré 612 milliards de francs CFA, soit l’équivalent de 1,07 milliard de dollars, au profit du budget national. Un chiffre sans précédent qui traduit la vigueur conjoncturelle d’un secteur stratégique pour l’économie du pays.
Ces ressources proviennent essentiellement des impôts, droits et redevances perçus par les autorités financières publiques auprès des sociétés minières. L’ITIE souligne que cette performance s’explique par une augmentation de la production aurifère, principale richesse du sous‑sol burkinabè, ainsi que par une amélioration relative du recouvrement fiscal. Le chiffre marque une progression significative par rapport aux années précédentes, confirmant que l’industrie minière reste le premier contributeur aux finances publiques, loin devant les autres secteurs formels.
Ce record intervient dans un contexte sécuritaire et politique particulièrement dégradé. Depuis 2015, le Burkina Faso fait face à une insurrection djihadiste qui a entraîné le contrôle de larges portions du territoire par des groupes armés. Or, plusieurs zones aurifères échappent en partie à l’autorité de l’État, alimentant les craintes sur la légalité d’une partie de l’exploitation minière et sur l’effectivité des contrôles. Le paradoxe est donc frappant : alors que l’État engrange des revenus records, des pans entiers de l’industrie évoluent dans une zone grise où la contrebande et le financement illicite prospèrent.
À l’avenir, la soutenabilité de cette dynamique dépendra de la capacité des autorités à maintenir un niveau élevé de production tout en reprenant le contrôle des zones minières échappant à leur souveraineté effective. Le gouvernement mise sur une réforme du code minier pour renforcer la part de l’État dans les projets stratégiques, mais celle-ci pourrait refroidir les investisseurs si elle est perçue comme instable. Par ailleurs, l’évolution des cours de l’or sur les marchés internationaux reste une variable exogène décisive, dans un pays dont les exportations dépendent quasi exclusivement du métal jaune.
Priscille Zongo, secrétaire exécutive de la Chambre des mines du Burkina, a salué ces chiffres en y voyant une opportunité de dialogue renforcé entre les parties prenantes. « C’est un moment privilégié pour un dialogue constructif entre filles et fils de la Nation », a‑t‑elle déclaré, appelant à une meilleure redistribution des retombées vers les populations locales souvent démunies. Mais sur le terrain, la défiance persiste. Les conflits entre communautés locales et sociétés minières, ainsi que les accusations de complicité entre certains opérateurs et groupes armés, fragilisent encore l’acceptabilité sociale du secteur.
Ce record de recettes pose en creux la question de la transparence et de la gouvernance des ressources extractives. L’ITIE, dont le rôle est précisément de contrôler la bonne utilisation des revenus miniers, rappelle régulièrement que des efforts restent à accomplir en matière de publication des contrats et de suivi des dépenses sociales obligatoires. Dans un pays où les attentes en matière de services publics sont immenses et où la défiance envers les institutions est élevée, la manière dont ces 612 milliards seront affectés déterminera en grande partie si ce record devient un levier de développement durable ou un nouvel épisode de rente mal répartie.



