Le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a signé à Addis Abeba une série de sept mémorandums d’entente avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Ces accords couvrent la défense, la santé, l’éducation, l’eau et l’énergie, l’agriculture, le commerce, l’identité numérique et le tourisme. La présidence burundaise y voit « un nouvel élan dans le renforcement des relations bilatérales ».
La visite d’État, qui s’est déroulée sur plusieurs jours, a donné lieu à des engagements concrets plutôt qu’à de simples déclarations de principe. Le volet défense, bien que discret sur les détails opérationnels, suggère une volonté de coopération en matière de sécurité régionale, notamment dans la lutte contre les groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Les accords sur l’identité numérique et l’agriculture indiquent quant à eux une recherche de modernisation administrative et de sécurité alimentaire, deux défis chroniques pour Bujumbura.

Le Burundi sort d’une décennie noire marquée par la crise politique de 2015, des sanctions internationales et un repli diplomatique. Sous Ndayishimiye, arrivé au pouvoir en 2020, le pays tente de sortir de l’ornière en diversifiant ses partenariats. L’Éthiopie, de son côté, est une puissance régionale historiquement engagée dans la Corne de l’Afrique et dans les missions de maintien de la paix. Ce rapprochement n’est donc pas anodin : il reflète une stratégie burundaise de contournement de l’influence traditionnelle de la Tanzanie et du Rwanda.
Reste à savoir si ces mémorandums seront suivis d’effets. L’Éthiopie, fragilisée par deux ans de guerre au Tigré et une inflation persistante, a moins de marges de manœuvre qu’il y a cinq ans. Pour le Burundi, l’enjeu est double : capter des investissements directs et bénéficier de l’expertise éthiopienne en matière de gestion des crises alimentaires et d’infrastructures numériques. La prochaine étape sera la mise en place de comités techniques conjoints, souvent le tombeau des belles déclarations interafricaines.
Un point mérite attention : la présidence burundaise a insisté sur l’« identité numérique ». Derrière ce terme technique se cache un outil de contrôle administratif et sécuritaire sensible. Dans un pays où la mémoire des fichiers ethniques reste douloureuse, tout projet d’identification massive doit être examiné à la loupe. Les partenaires techniques de Bujumbura, notamment l’Union européenne et l’ONU, suivront de près l’évolution de ce volet.
Enfin, cette visite intervient alors que Ndayishimiye préside l’UA. Symbole fort ou simple calendrier ? La concomitance n’est jamais neutre. En recevant solennellement le président en exercice de l’organisation panafricaine, Abiy Ahmed envoie un message à ses propres détracteurs : l’Éthiopie reste un partenaire central pour le continent, malgré ses blessures internes. Pour Ndayishimiye, c’est l’occasion d’incarner un leadership régional que Bujumbura n’avait plus connu depuis des décennies.



