Le projet de raffinerie de Kribi, pièce maîtresse de la stratégie énergétique camerounaise, connaît une accélération notable. Selon des informations obtenues par Investir au Cameroun, les promoteurs envisagent désormais un démarrage partiel de l’infrastructure dès le second semestre 2026, soit avec près de deux ans d’avance sur le calendrier initial qui tablait sur une mise en service complète en juin 2028.
Ce plan de “production anticipée”, présenté en décembre 2025 au conseil d’administration de la société de projet Cstar Petroleum, prévoit une montée en charge progressive. Dans un premier temps, la raffinerie fonctionnerait à environ un tiers de sa capacité finale, soit 10 000 barils par jour sur les 30 000 prévus. Ce niveau d’activité initial permettrait, selon Cstar, de couvrir approximativement 22% de la demande nationale en diesel et en essence. Le démarrage opérationnel du chantier est, quant à lui, annoncé pour janvier 2026.
Cette initiative s’inscrit dans une quête urgente de souveraineté énergétique, renforcée depuis l’arrêt des activités de la Société Nationale de Raffinage (Sonara). Le Cameroun, dont la demande annuelle en carburants est estimée à 1,9 million de tonnes, dépend entièrement des importations. De plus, les capacités nationales de stockage, évaluées à 270 000 m³, restent en deçà de l’objectif de sécurité de 470 000 m³. Le projet de Kribi, lancé officiellement en juillet 2025 et d’un coût prévisionnel de 115 milliards de FCFA, vise à combler ce double déficit.
Si ce calendrier est tenu, les implications seraient significatives. Les promoteurs projettent une réduction de 30% des importations de carburants, générant des économies de devises annuelles avoisinant 400 milliards de FCFA. À pleine capacité, et avec l’ajout futur d’unités biofuel, le complexe pourrait couvrir près de 70% des besoins locaux. Le projet, qui inclut aussi un terminal de stockage de 250 000 m³, promet par ailleurs 2 000 emplois directs et 5 000 indirects, ainsi que des recettes à l’export, notamment sur les carburants marins.
La structure du projet et son financement précisent son envergure. Cstar Petroleum est détenue par un consortium associant Ariana Energy (49%), le marketeur Tradex S.A. (31%) et la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH, 20%). L’infrastructure est scindée en deux entités : Cstar Tank Farm pour le terminal et Cstar Refinery pour la raffinerie. Le montage financier, dont BGFI Cameroun est la banque-agent, vise à mobilier 120 milliards de FCFA. Les travaux sont confiés au consortium RCG Turnkey Solutions, Global Process Systems et Norinco International.
Cette annonce d’accélération, bien que positive, appelle à une vigilance mesurée. L’histoire des grands projets infrastructurels en Afrique est jalonnée de retards. La réussite de ce démarrage partiel en 2026 dépendra de la fluidité du financement final et de l’exécution technique sans accroc. Par ailleurs, l’objectif de souveraineté ne se limitera pas à la construction ; il exigera une gestion irréprochable, une maintenance pérenne et une transparence totale dans la commercialisation des produits pour véritablement bénéficier à l’économie camerounaise et stabiliser l’approvisionnement national.



