Plus de 140 personnes arrêtées lors des manifestations ayant suivi la présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun ont vu leur demande de libération provisoire rejetée, mardi 8 janvier, par le tribunal militaire de Yaoundé. Elles restent en détention préventive pour des charges incluant la propagation de fausses nouvelles, l’attroupement et la rébellion, dans un procès dont la prochaine audience est fixée au 12 février 2026.
Cette décision intervient après plus de deux mois de détention préventive pour les prévenus. L’audience s’est déroulée dans un climat de tension palpable, exacerbé par l’annonce d’un nouveau renvoi avant même son ouverture. Les familles, présentes en nombre, ont exprimé leur épuisement et leur amertume. Les avocats de la défense, constitués en collectif, ont vivement dénoncé le rejet de leur requête. Ils ont également formé un recours en incompétence contre le tribunal militaire, contestant sa légitimité à juger des civils pour ces faits.
Cette affaire s’inscrit dans le sillage immédiat de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, dont les résultats officiels, proclamant la victoire du président Paul Biya, avaient déclenché une vague de contestations et de manifestations, notamment dans les régions anglophones et les grands centres urbains. La gestion judiciaire de cette crise post-électorale est étroitement surveillée par les observateurs nationaux et internationaux. Elle intervient dans un paysage politique où l’usage de la justice, et particulièrement des tribunaux militaires pour des affaires perçues comme politiques, fait régulièrement l’objet de critiques de la part des défenseurs des droits humains.
La prochaine audience, le 12 février, sera cruciale. Elle devra notamment statuer sur l’exception d’incompétence soulevée par la défense, un argument juridique qui, s’il était retenu, pourrait bouleverser la procédure. Dans l’intervalle, la détention prolongée des prévenus risque d’attiser les frustrations sociales et politiques. Par ailleurs, le traitement différencié des dossiers, avec la libération sous caution d’une trentaine d’autres prévenus le mois dernier, pourrait alimenter les accusations de justice à deux vitesses et porter atteinte à la crédibilité perçue du processus.
La défense a pointé du doigt ce qu’elle considère comme une incohérence majeure. “C’est une incongruité”, a déclaré Me Ndam, l’un des avocats du collectif. Il souligne que des personnes arrêtées dans des conditions identiques et dont les dossiers ont connu le même traitement juridique bénéficient d’un régime de liberté, tandis que d’autres croupissent en détention. Cet argument a été au cœur de la demande de libération inconditionnelle de tous les détenus.
Au delà des conditions de détention, des voix s’élèvent pour critiquer la lenteur de la procédure elle-même. Me Eric Mbah, le bâtonnier présent à l’audience, a rappelé les standards en matière de flagrant délit, une qualification souvent retenue dans ces affaires. “Flagrant délit, c’est lorsque l’on t’arrête, le lendemain tu es devant le juge d’instruction et après deux jours tu es devant la barre. Donc, là c’est lent”, a-t-il analysé. Cette lenteur, couplée au choix de la juridiction militaire, dessine les contours d’un dossier judiciaire dont l’issue sera scrutée à la fois comme un acte de justice et comme un signal politique.



