Près de 2,5 tonnes de stupéfiants ont été saisies à l’aéroport international de Douala, a annoncé le ministère camerounais des Finances vendredi 20 février. Il s’agit précisément de 2 491 kilos de cocaïne et de tramadol, répartis dans six cargaisons en provenance d’Europe, d’Asie et d’Afrique de l’Est. Les trafiquants avaient dissimulé la marchandise dans des fûts en plastique et des cartons, en tentant de la faire passer pour des « fournitures médicales ». Une méthode classique mais déjouée grâce à un travail de renseignement en amont.
Sur le total saisi, une tonne de cocaïne provenait de Hambourg, en Allemagne, et a transité par un vol de Brussels Airlines. Le reste, soit une tonne et demie de comprimés de tramadol, a été expédié depuis New Delhi, en Inde, et Juba, au Soudan du Sud, via Ethiopian Airlines. Les colis, jamais réclamés par leurs destinataires présumés, ont fini par éveiller les soupçons des services douaniers. La valeur estimée de cette prise atteint 50 milliards de francs CFA, soit environ 76 millions d’euros, ce qui en fait l’une des plus importantes jamais réalisées dans le pays.
Les Douanes camerounaises ont intercepté 2 491 kg de stupéfiants (1 057 kg de cocaïne et 1 434 kg de tramadol), d’une valeur estimée à 90 millions USD.
🎯 Une opération majeure qui renforce la lutte contre les trafics transfrontaliers et la protection de nos frontières. pic.twitter.com/9gZsGxmPed— Ministère des Finances du Cameroun (MINFI) (@minfi_cameroun) February 20, 2026
Cette opération n’aurait pas été possible sans une coopération transfrontalière discrète mais efficace. Les autorités camerounaises ont pu compter sur l’appui de l’attaché douanier français basé à Dakar, avec lequel elles partagent régulièrement des informations sensibles. Le capitaine Gabriel Ngha Nfor, commandant de subdivision des Douanes à l’aéroport de Douala, explique que le dispositif de ciblage et de surveillance mis en place après une précédente saisie de 200 kilos n’avait jamais été levé. C’est ce qui a permis d’identifier et d’intercepter ces cargaisons avant qu’elles ne soient livrées.
L’enquête, désormais ouverte, laisse entrevoir un réseau structuré. Les premières interpellations concernent des ressortissants camerounais, et les enquêteurs travaillent à identifier les commanditaires, les receleurs et d’éventuels complices à l’intérieur du pays. L’ampleur de la saisie suggère l’existence d’une chaîne logistique rodée et de débouchés locaux conséquents. Les stupéfiants seront prochainement remis à la justice, avant d’être détruits, conformément à la procédure.
Au-delà de l’exploit opérationnel, cette affaire met en lumière plusieurs failles et paradoxes. D’abord, elle souligne la porosité persistante des contrôles aéroportuaires face à des cargaisons de grande envergure. Ensuite, elle interroge sur la destination finale de ces produits : le Cameroun est-il devenu un simple point de transit ou un véritable marché de consommation pour ce type de stupéfiants ? Le capitaine Ngha Nfor lui-même s’interroge : une telle quantité ne peut être écoulée sans une logistique locale solide ni une demande organisée. L’enquête devra donc déterminer si le pays est utilisé comme plaque tournante régionale ou s’il fait face à une hausse de la consommation interne, un phénomène encore mal documenté mais préoccupant pour les autorités sanitaires et sécuritaires.



