Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), se rend jeudi à Rabat, après une étape à Dakar. Cette visite intervient alors qu’un contentieux juridique oppose les fédérations sénégalaise et marocaine devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) au sujet de la finale de la CAN 2025. Motsepe rencontrera à Rabat le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, avant une conférence de presse prévue à 17h00 locales.
Le litige porte sur la décision de la CAF d’avoir attribué la victoire au Maroc par forfait (3 0) à l’issue de la finale disputée le 18 janvier à Rabat. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a saisi le TAS pour contester ce verdict, réclamant être reconnue vainqueur du tournoi. Selon le TAS, la requête sénégalaise demande l’annulation de la décision du Jury d’appel de la CAF du 17 mars, estimant que le forfait des Lions de la Teranga n’était pas justifié.
Ce bras de fer juridique s’inscrit dans une histoire récente de tensions entre les deux grandes nations du football africain. Le match aller de la finale avait été interrompu suite au retrait de l’équipe sénégalaise, que la CAF a interprété comme un abandon au sens de l’article 84 de son code disciplinaire. Le Maroc affirme disposer d’un dossier « complet et juridiquement solide », incluant rapport de l’arbitre et vidéos attestant du retrait sénégalais. De son côté, Dakar dénonce une procédure expéditive et un motif de décision incomplet.
La balle est désormais dans le camp du TAS, qui doit constituer une formation arbitrale avant de fixer une date d’audience. Patrice Motsepe a récemment assuré qu’il respecterait la décision du tribunal, sans laisser transparaître son opinion personnelle. Mais son double déplacement Dakar Rabat, en plein processus judiciaire, interroge : cherche t il une médiation informelle, ou simplement à maintenir la CAF dans un rôle d’observateur contraint ?
L’enjeu dépasse le simple résultat sportif. Une annulation du verdict de la CAF par le TAS fragiliserait l’autorité disciplinaire de l’instance continentale à moins d’un an de la CAN 2025 officielle. À l’inverse, un rejet de la requête sénégalaise risque d’attiser un sentiment d’injustice dans un pays historiquement influent dans le football africain. Motsepe marche sur un fil : trop d’ingérence, et il passe pour un président manipulateur. Trop de distance, et la CAF paraît impuissante.
Du côté marocain, Fouzi Lekjaa martèle que son pays avait accepté de poursuivre la rencontre pour éviter toute sanction, et que le retrait adverse ne lui laissait d’autre choix que de demander l’homologation du forfait. Mais plusieurs observateurs notent que le Maroc, pays hôte de la finale, bénéficiait d’un rapport de forces institutionnel favorable. Ce précédent pourrait inciter la CAF à revoir ses protocoles en cas d’interruption de match sous pression politique ou sécuritaire. La décision du TAS, attendue dans les prochains mois, fera jurisprudence.



