Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), effectue ce mercredi 8 avril une visite officielle à Dakar. Officiellement, il doit rencontrer le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et le patron de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Abdoulaye Fall. Officieusement, cette visite survient alors que Dakar et Rabat s’affrontent devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) au sujet de la finale de la CAN 2025, remportée sur tapis vert par le Maroc après le forfait controversé des Lions de la Teranga.
La CAF a confirmé la visite sans en dévoiler l’ordre du jour précis, se contentant d’évoquer « des échanges avec les autorités ». Mais le timing ne doit rien au hasard. La FSF a saisi le TAS pour contester la décision du Jury d’appel de la CAF rendue le 17 mars, qui a déclaré le Sénégal forfait et homologué une victoire 3 0 en faveur du Maroc. Les Sénégalais réclament non seulement l’annulation de cette sanction, mais aussi leur reconnaissance comme vainqueurs du tournoi. Une requête lourde de conséquences pour la crédibilité de la CAF.
Le litige remonte à la finale disputée à Rabat. Selon le rapport d’arbitrage et des vidéos exploités par la partie marocaine, l’équipe sénégalaise aurait quitté le terrain, provoquant l’abandon du match. La CAF a appliqué l’article 84 de son code disciplinaire sur l’abandon de rencontre. Le Maroc, par la voix de son président Faouzi Lekjaa, affirme disposer d’un dossier « complet et juridiquement solide ». Le Sénégal rétorque que la décision attaquée ne comportait pas tous ses motifs, et a obtenu un délai supplémentaire pour déposer son mémoire. Le TAS n’a pas encore fixé de date d’audience.
Motsepe, qui a récemment juré qu’il respecterait « quoi qu’il arrive » la décision du TAS, ne peut pourtant rester neutre en apparence. Sa visite à Dakar, capitale d’un pays plaignant, est un signal politique fort. Elle vise à désamorcer une crise qui fragilise l’image de la CAF, déjà régulièrement épinglée pour son opacité et ses décisions contestées. Si le TAS donne raison au Sénégal, ce sera un séisme institutionnel. Si le Maroc est confirmé vainqueur, Dakar devra gérer une défaite judiciaire et sportive douloureuse, avec des répercussions sur les relations bilatérales.
L’entregent de Motsepe est ici essentiel. L’homme d’affaires sud africain, milliardaire et gendre de Nelson Mandela, connaît les arcanes du pouvoir africain. Il ne se déplace pas sans raison. En rencontrant le président Faye, il cherche moins à influencer le TAS qu’à préparer l’après décision. Car, quel que soit le verdict, la CAF aura besoin que les deux fédérations acceptent de tourner la page. Sans cette médiation discrète, le risque d’une défiance durable entre deux poids lourds du football continental est réel.
Du côté marocain, on observe cette visite avec attention, sans hostilité affichée. Lekjaa a martelé que son pays avait « accepté de poursuivre la rencontre pour éviter toute sanction », une manière de souligner la bonne foi du Maroc. Mais dans les coulisses, on sait que Rabat n’apprécierait guère un rééquilibrage politique en faveur de Dakar. Motsepe marche sur un fil. Trop de complaisance avec le Sénégal pourrait irriter le Maroc, dont l’influence sur la CAF est croissante. Trop de distance envenimerait la crise. Sa visite est un exercice d’équilibriste plus qu’une simple courtoisie diplomatique.



