Le gouvernement fédéral a annoncé une prolongation d’un an des permis de travail pour certains travailleurs étrangers temporaires au Québec, une mesure destinée à éviter leur renvoi avant l’obtention de la résidence permanente. Cette décision, présentée comme une solution de transition, concerne directement les 8 000 à 10 000 salariés en voie de régularisation, en particulier ceux situés en régions rurales où les pénuries de main-d’œuvre sont les plus criantes. Si elle apporte un répit immédiat, elle reste strictement encadrée et ne répond qu’en partie aux attentes exprimées par le gouvernement québécois et les acteurs économiques.
Cette mesure provisoire s’adresse exclusivement aux détenteurs d’un permis de travail fermé ayant reçu une invitation à soumettre une demande de sélection permanente au Québec. Elle leur permet de demeurer chez leur employeur actuel pour une durée maximale de douze mois supplémentaires, le temps que leur dossier soit instruit. Outre les zones rurales, elle bénéficie également aux candidats du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés du Québec (PSTQ), y compris dans les métropoles. Parallèlement, Ottawa a augmenté temporairement de 10 % à 15 % le seuil d’embauche de travailleurs étrangers à bas salaire par entreprise, pour une période d’un an à compter du 1er avril 2026.
Cette annonce intervient dans un climat de tensions récurrentes entre Québec et Ottawa sur le contrôle de l’immigration. Elle fait suite à la suppression controversée du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui offrait une voie simplifiée vers la résidence permanente aux travailleurs francophones. Depuis, le gouvernement Legault réclamait un moratoire sur les expulsions en attendant la montée en puissance du PSTQ. En prolongeant les permis, le fédéral répond à une urgence administrative, mais sans céder sur le fond : il rappelle que la sélection des immigrants relève de Québec, tout en maintenant son objectif de réduction globale du nombre de résidents temporaires sur le territoire canadien.
Les perspectives restent incertaines. Si le ministre fédéral Joël Lightbound présente cette mesure comme un répit permettant au Québec d’évaluer les dossiers, son homologue provincial Jean‑François Roberge la juge insuffisante. Québec souhaitait en effet un renouvellement automatique pour tous les travailleurs temporaires situés hors de Montréal et Laval, une demande qui n’a pas été satisfaite. L’Union des municipalités du Québec (UMQ) abonde en ce sens, pointant que le nouveau plafond de 15 % laisse de côté les entreprises ayant déjà dépassé ce seuil et que de nombreux travailleurs ne souhaitant pas obtenir la résidence permanente pourraient malgré tout devoir quitter le territoire. Une délégation municipale doit d’ailleurs porter ces revendications à Ottawa le 23 mars.
Sur le terrain, l’annonce est perçue comme un soulagement, mais aussi comme un ballon d’oxygène temporaire pour des entreprises fragilisées. À Saint‑Alban, le dirigeant de l’entreprise manufacturière Vallée, Jean‑Daniel Genest, a salué une décision qui sécurise non seulement ses employés étrangers, mais aussi la chaîne de valeur locale. La députée fédérale de Compton–Stanstead, Marianne Dandurand, a quant à elle insisté sur l’importance de cette main-d’œuvre face à la dévitalisation des régions, au vieillissement de la population et aux grands chantiers en cours. Un message qui contraste avec la rigidité administrative pointée du doigt par les acteurs économiques.
La Chambre de commerce du Montréal métropolitain voit dans cette mesure une forme de flexibilité bienvenue, mais met en garde : elle ne règle pas le problème structurel d’une immigration temporaire devenue une variable d’ajustement entre deux niveaux de gouvernement. Pour l’institution, le véritable enjeu réside désormais dans la capacité de Québec à organiser une transition fluide entre ses programmes, faute de quoi les conséquences humaines et économiques pourraient être lourdes. Le ministre Lightbound a pour sa part renvoyé la responsabilité à Québec, en affirmant qu’il n’appartient qu’à la province d’élargir ses invitations pour répondre aux besoins spécifiques de ses régions.



