L’homme d’affaires ivoirien Guy Kwadjo Kouassi, résident permanent au Canada depuis 2012, a été frappé d’une mesure d’expulsion le 14 janvier dernier par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada. La décision, récemment rendue publique, le désigne comme un rouage essentiel du « crime organisé africain » (COAF), un réseau spécialisé dans la fraude amoureuse, le blanchiment d’argent et l’exportation de véhicules volés. Son rôle principal : servir de relais financier entre le Québec et l’Afrique de l’Ouest via des systèmes de transferts informels et illégaux.
Les investigations révèlent que Guy Kwadjo Kouassi n’était pas un simple exécutant. Selon une analyste des services frontaliers, il entretenait des liens avec au moins 25 membres du COAF, dont Mamadou Berthe, un fraudeur notoire ayant soutiré plus d’un demi-million de dollars à deux retraitées québécoises. Le jugement indique que M. Kouassi utilisait ses entreprises légitimes comme écran pour recevoir et disperser des fonds frauduleux. L’analyse du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) a ainsi identifié près de 500 virements Interac liés au seul projet POURRIEL, une enquête de la Sûreté du Québec, pour un total de plusieurs centaines de milliers de dollars.
Cette affaire s’inscrit dans un phénomène plus large que les autorités canadiennes peinent à endiguer. Le COAF, dont les membres sont majoritairement originaires de Côte d’Ivoire, du Bénin et du Nigeria, a vu ses effectifs croître au Québec via une filière d’entrée bien identifiée : le permis d’études. À ce jour, près de 200 membres de cette mouvance ont été répertoriés dans la province. Leur objectif est de cibler des personnes vulnérables, en utilisant des stratagèmes de manipulation psychologique avant de blanchir les fonds, souvent en quelques heures, via des circuits parallèles.
La décision d’expulsion de Guy Kwadjo Kouassi, tout comme la condamnation en janvier 2026 d’Aboubacar Sidiki Diallo à 38 mois de prison, illustre une inflexion répressive des autorités canadiennes. Ces dernières semblent désormais disposées à démanteler non seulement les fraudeurs de premier plan, mais aussi leurs soutiens logistiques et financiers. L’usage du système hawala, ou swap, mis en avant dans le jugement, est devenu un axe central des poursuites. À l’avenir, les enquêtes devraient se concentrer davantage sur ces circuits de blanchissement parallèles et sur les complicités économiques locales qui permettent leur existence.
Tout au long de la procédure, Guy Kwadjo Kouassi a maintenu sa position, se présentant comme un simple distributeur alimentaire et un homme d’affaires intègre. « Je suis un distributeur. Je ne suis pas un fraudeur », affirmait-il dans un reportage de l’émission Enquête à l’automne dernier, se posant en victime. Cette défense a volé en éclats face aux preuves matérielles accumulées. Les enquêteurs ont notamment découvert, dans un entrepôt de l’arrondissement de Saint-Laurent officiellement dédié à l’exportation de véhicules usagés, plusieurs voitures volées, établissant un lien direct entre ses activités commerciales déclarées et le réseau criminel.
La décision de la commissaire Daphnée Clément met en lumière un mécanisme clé du blanchiment : le hawala. Ce système informel, illégal car non régulé par l’Autorité des marchés financiers, permet de transférer des fonds entre le Canada et la Côte d’Ivoire sans aucun contrôle. Le principe est simple : un expéditeur au Québec remet une somme à M. Kouassi, qui ordonne à un correspondant à Abidjan de verser l’équivalent en francs CFA au destinataire. Ce maillage transnational, qui contourne les institutions financières classiques, a permis la dispersion rapide et discrète des profits de la fraude, prouvant que M. Kouassi était bien plus qu’un simple entrepreneur.



