L’Égypte a officiellement chiffré lundi, lors d’une rencontre entre le président Abdel Fattah Al-Sissi et le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, l’addition salée des turbulences régionales sur ses finances. Le chef de l’État a révélé que les recettes de l’Autorité du canal de Suez avaient enregistré une perte estimée à 10 milliards de dollars sur les dernières années, une conséquence directe des perturbations du trafic maritime en mer Rouge liées à la guerre à Gaza.
Cette hémorragie financière ne constitue qu’une facette d’une situation économique que Le Caire peine à juguler. Alors que le pays s’efforce de stabiliser sa macroéconomie via un programme de réformes soutenu par le FMI, la baisse des revenus du canal représente un choc externe majeur. La voie d’eau, source historique de devises fortes, a vu son trafic chuter en raison des attaques de navires en mer Rouge, poussant les compagnies maritimes à dérouter leurs convois, privant ainsi l’État égyptien d’une rentrée d’argent cruciale.
Au-delà de la question du canal, Al-Sissi a dressé un tableau plus large des pressions exercées sur Le Caire. Il a insisté sur le fait que l’Égypte supporte un fardeau supplémentaire considérable en accueillant environ 10,5 millions d’étrangers fuyant les conflits régionaux. Ces populations, a-t-il expliqué, bénéficient de services publics (santé, éducation, subventions) au même titre que les citoyens égyptiens, sans que le pays ne reçoive de soutien financier extérieur à la hauteur de cet effort. Un constat que le chef de la Banque mondiale aurait reconnu, selon le communiqué de la présidence.
La rencontre s’inscrit dans le cadre d’un partenariat de longue date entre l’Égypte et l’institution de Bretton Woods, focalisé sur le développement durable et l’accompagnement du programme de réformes économiques. Le Caire mise sur ce soutien pour renforcer la discipline budgétaire, maîtriser l’inflation et, surtout, attirer les investissements directs étrangers en augmentant la participation du secteur privé. Le président a d’ailleurs réaffirmé sa volonté d’approfondir cette coopération, citant des programmes sociaux comme « Vie décente » ou « Takaful et Karama » comme piliers de sa stratégie pour améliorer le niveau de vie.
Sur le plan des perspectives, l’économie égyptienne reste donc tributaire de facteurs géopolitiques largement hors de son contrôle. Tant que l’instabilité persistera en mer Rouge et que la question de l’intégration et du financement de l’accueil des réfugiés ne sera pas résolue avec la communauté internationale, les objectifs de croissance et d’assainissement des finances publiques risquent de rester fragiles. La Banque mondiale, par la voix d’Ajay Banga, a salué les mesures prises, mais le défi pour Le Caire sera de transformer ces réformes structurelles en résilience économique face aux chocs extérieurs.
Enfin, cet échange met en lumière un paradoxe égyptien. Le pays est à la fois un acteur diplomatique cherchant à contenir les tensions régionales, un partenaire engagé dans des réformes économiques exigeantes et une nation d’accueil subissant de plein fouet les conséquences humanitaires des crises voisines. La perte des 10 milliards de dollars sur le canal n’est pas seulement un chiffre comptable ; elle illustre la vulnérabilité d’une économie dont les équilibres restent à la merci d’une escalade du conflit au Proche-Orient.



