Un panel de cinq anciens chefs d’État africains, mandatés par l’Union africaine (UA) comme facilitateurs pour la crise dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a entamé une tournée diplomatique clé. Après une rencontre avec le président congolais Félix Tshisekedi à Kinshasa ce jeudi 29 janvier, la délégation doit s’entretenir avec son homologue rwandais Paul Kagame à Kigali ce vendredi 30 janvier. Cette séquence marque le premier déplacement groupé de la mission dans la capitale rwandaise.
La mission de ce panel, composé notamment de l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde et de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, est explicitement axée sur la désescalade. Il s’agit, selon une source proche du dossier, d’« obtenir la désescalade, maintenir le dialogue et œuvrer pour le rapprochement entre les parties ». Leur feuille de route est de soutenir les processus de paix de Luanda, de Nairobi et de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs, tout en œuvrant à une coordination plus efficace des différentes médiations.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire prolongée et d’accusations récurrentes. Kinshasa accuse formellement Kigali de soutenir le groupe rebelle M23, ce que le Rwanda nie. La région du Kivu est le théâtre de combats violents qui ont déplacé des millions de civils et exacerbé les tensions entre les deux pays voisins, ravivant les traumatismes des conflits passés. La communauté internationale, par le biais de l’ONU, peine à stabiliser la situation.
Les perspectives immédiates se concentrent sur le prochain sommet de l’UA à Addis-Abeba, mi-février. Les facilitateurs devront y présenter un rapport assorti de propositions concrètes. L’efficacité de cette médiation sera jugée à sa capacité à impulser un dialogue direct et apaisé entre les présidents Tshisekedi et Kagame, et à obtenir des avancées tangibles sur le terrain en matière de cessez-le-feu et de retrait des groupes armés.
Un enjeu sous-jacent de cette visite est le test de la réceptivité réelle de Kigali à une médiation perçue par certains comme plus proche des positions congolaises. La rencontre à Kigali constitue donc un premier baromètre crucial. Par ailleurs, la tournée prévoit un arrêt au Burundi, qui prendra la présidence tournante de l’UA en février. Cet élément est stratégique, visant à associer et impliquer pleinement la future présidence dans le dossier.
Enfin, cette mission relève d’une volonté affichée de l’UA de reprendre la main sur la résolution de cette crise, face à la multiplication des initiatives parfois peu coordonnées. Elle incarne le principe de « solutions africaines aux problèmes africains », comme l’a rappelé un diplomate en poste à Kinshasa. Cependant, son succès dépendra de sa capacité à transcender les profondes méfiances et à imposer une feuille de route commune et contraignante aux parties en conflit, dans un délai extrêmement serré avant le sommet.



