La justice congolaise a frappé un grand coup dans le microcosme sportif national. Le président de la Fédération congolaise de football (FECOFOOT), Jean Guy Blaise Lionel Mayolas, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, lundi 9 mars, par la cour criminelle de Brazzaville. Il est reconnu coupable de détournement de fonds et de blanchiment de capitaux, une affaire qui entache l’image du football congolais et implique un abus de confiance sur des deniers destinés à l’urgence sanitaire.
Les faits reprochés au dirigeant sont multiples. Au-delà du détournement et du blanchiment, la cour a également retenu les chefs de faux et usage de faux, de prise illégale d’intérêts et de complicité. Selon l’enquête, le préjudice est considérable : plus d’un million de dollars, provenant d’aides d’urgence allouées par la Fédération internationale de football association (Fifa) pour faire face à la pandémie de Covid-19, auraient été détournés par les hauts responsables de l’instance. La peine, qui inclut une amende de 100 millions de francs CFA (environ 152 000 euros), a également frappé l’un de ses fils, condamné lui aussi à la perpétuité.
Ce jugement, rendu par contumace, souligne la fuite du principal intéressé. Jean Guy Blaise Lionel Mayolas ne s’est pas présenté à l’audience, ce qui a conduit la cour à émettre un mandat d’arrêt à son encontre. Il est aujourd’hui activement recherché par les forces de l’ordre. En revanche, d’autres membres de la fédération, présents lors du procès, ont écopé de peines moins lourdes mais significatives : le secrétaire général, Bandji Mombo Wantété, et le comptable, Raoul Kanda, ont chacun été condamnés à cinq ans de prison ferme et à une amende d’un million de francs CFA.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de contrôle accru des financements du football mondial, la Fifa ayant mis en place des mécanismes de solidarité importants pendant la crise sanitaire. Ces fonds, censés aider les fédérations locales à survivre sans compétitions et à soutenir leur écosystème, sont régulièrement la cible de convoitises. Au Congo, cette condamnation intervient après des années de tensions et de soupçons de mauvaise gestion au sein de la FECOFOOT, dont la gouvernance était régulièrement pointée du doigt par l’opposition sportive interne.
Pour l’instant, le flou demeure quant à l’avenir immédiat de la fédération. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant la mise en place d’un intérim ou la tenue d’une élection pour pourvoir le poste vacant. Cette vacance à la tête du football congolais risque de compliquer les relations avec les instances internationales et de paralyser le développement du sport dans le pays, alors que l’équipe nationale, les Diables Rouges, peine à retrouver son lustre d’antan.
Au-delà du cas individuel de Jean Guy Blaise Lionel Mayolas, cette décision de justice envoie un signal fort sur la volonté des juridictions congolaises de sanctionner les détournements, y compris dans les sphères du sport. Elle relance également le débat récurrent sur la transparence de la gestion des deniers publics et des subventions internationales au sein des fédérations sportives africaines, souvent considérées comme des « chasses gardées » échappant aux règles classiques de la comptabilité publique. La fuite du président déchu pourrait néanmoins allonger un feuilleton judiciaire qui, pour l’heure, se termine par une victoire retentissante de l’accusation.



