Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti du président Alassane Ouattara, a infligé des sanctions d’une rare sévérité à 176 de ses membres, dont deux anciens ministres, pour avoir maintenu des candidatures indépendantes lors des élections législatives du 27 décembre 2026. La décision, annoncée par Gilbert Koné Kafana, président du directoire du parti, marque une rupture avec toute tolérance passée en matière de discipline interne.
Parmi les personnalités sanctionnées figurent Nabo Clément, ancien ministre des Eaux et Forêts sous la première mandature de Ouattara, et Sidiki Konaté, qui a dirigé le ministère du Tourisme et de l’Artisanat entre 2007 et 2010. Leur faute : avoir refusé de se plier aux investitures officielles validées par la direction du parti, préférant concourir sous leur propre bannière. Le directoire leur a notifié un blâme inscrit au dossier, une déchéance immédiate de toutes leurs fonctions politiques internes, ainsi qu’une exclusion de trois ans des élections internes et de toute représentation du parti lors des scrutins nationaux.
Ces sanctions s’inscrivent dans une stratégie de recentralisation du pouvoir au sein du RHDP, formation issue d’une coalition de partis historiquement rivaux. Depuis sa refondation en 2018, le parti a progressivement muselé les logiques de tendance pour imposer une ligne unique, avec pour objectif affiché de verrouiller l’ensemble des échéances électorales. L’approche n’est pas nouvelle, mais son intensité s’est accrue à mesure que le calendrier politique se resserrait, notamment en prévision de l’après-2026.
En écartant ses dissidents pour trois ans, le RHDP cherche moins à punir qu’à dissuader. La mesure envoie un signal clair aux cadres tentés par des ambitions personnelles non alignées sur la stratégie présidentielle. À court terme, le parti espère ainsi garantir une mobilisation sans dispersion de voix lors des prochaines élections. À plus long terme, cette ligne ultra-disciplinaire pourrait toutefois exacerber les frustrations internes, notamment dans les régions où les candidatures indépendantes bénéficient d’un ancrage local solide.
L’éviction provisoire de figures ayant occupé des postes ministériels n’est pas anodine. Nabo Clément et Sidiki Konaté appartiennent à cette génération de cadres ayant accompagné la prise du pouvoir par Alassane Ouattara après la crise postélectorale de 2010-2011. Sanctionner des hommes de cette stature revient à rappeler que, dans le système actuel, aucune légitimité historique ne prévaut face à l’autorité du parti. Les observateurs y voient aussi un avertissement adressé à d’éventuels prétendants pour la présidentielle de 2030.
Sur le terrain, cette purge risque de laisser des traces. Dans plusieurs circonscriptions où les investitures officielles ont été contestées, les candidats exclus disposent encore de réseaux locaux actifs. Le RHDP parie que la machine électorale et les moyens de l’État parviendront à neutraliser ces résistances. Mais l’histoire politique ivoirienne montre que les dissidences internes, quand elles ne sont pas gérées par la négociation, peuvent se transformer en sources de fragilité électorale durable.



