Le prix du cacao en Côte d’Ivoire a atteint un nouveau sommet, avec une augmentation significative de plus de 20% par rapport à l’année précédente. Le ministre de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, a annoncé ce mercredi 2 avril à Abidjan que le prix d’achat pour les planteurs est désormais fixé à 2 200 francs CFA par kilogramme, soit environ 3,50 euros. Cette mesure, largement attendue, fait écho à un précédent prix historique de 1 800 francs CFA en 2024, et suscite un large éventail de réactions dans les milieux agricoles.
Le ministre a expliqué que cette hausse du prix résulte d’une analyse approfondie de la vente anticipée du cacao, ainsi que des coûts associés à la production de fèves de qualité. Le prix de 2 200 francs CFA représente une augmentation de 22,2% par rapport à la récolte précédente. Ce prix record est jugé comme un moyen d’encourager une production de meilleure qualité, en tenant compte des critères de fermentation, de grillage et de séchage des fèves. Ce montant constitue un tournant important pour les planteurs, surtout dans un secteur marqué par la volatilité des prix mondiaux.
La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, mais cette position de leader s’accompagne de défis permanents. Les producteurs ivoiriens, en majorité issus de zones rurales, ont longtemps été confrontés à des revenus relativement faibles en raison des fluctuations des prix mondiaux. L’augmentation de cette année intervient dans un contexte de tensions liées à la contrebande de cacao vers les pays voisins comme la Guinée et le Liberia, mais aussi face aux effets du réchauffement climatique, qui menace la stabilité de la production. Le pays cherche donc à valoriser ses fèves tout en abordant des enjeux de durabilité.
Malgré l’enthousiasme suscité par l’annonce de ce prix record, les perspectives à court terme restent nuancées. Certains producteurs, comme Albert de Duékoué, accueillent cette décision avec optimisme, soulignant que cette augmentation pourrait améliorer leur quotidien. Cependant, d’autres, comme Moussa Koné du Synapci, soulignent que cette hausse n’est pas suffisante pour contrer des défis structurels majeurs. Le réchauffement climatique et les problèmes liés à la contrebande sont des préoccupations majeures qui risquent de limiter l’impact positif de cette hausse sur le terrain.
Le sentiment général parmi les producteurs semble mitigé, mais en majorité positif. Chantal, une productrice de Daloa, se montre émue par cette annonce et exprime son soulagement face à l’augmentation des prix. Pour elle, ce nouveau tarif pourrait être une bouée de sauvetage, permettant de mieux subvenir aux besoins de sa famille et d’améliorer ses conditions de travail. Toutefois, des voix s’élèvent également pour rappeler que les bénéfices de cette hausse peuvent être effacés par la contrebande. Les producteurs redoutent que le trafic de cacao vers d’autres pays voisins puisse réduire l’impact réel de la hausse des prix pour les planteurs ivoiriens.
Sur le marché mondial, le prix du cacao connaît une hausse spectaculaire, avec un cours actuel de 7 500 euros la tonne. Ce tarif dépasse largement les prix bord-champ en Côte d’Ivoire, soulignant une grande disparité entre les producteurs locaux et les acteurs du marché international. Cette situation soulève des interrogations sur la répartition des richesses générées par cette filière clé pour l’économie ivoirienne, et sur les moyens de garantir que les producteurs bénéficient réellement des hausses de prix qui leur sont promises.