En pleine crise politique et sécuritaire au Soudan du Sud, qui ravive la menace d’une nouvelle guerre civile, le président ougandais Yoweri Museveni s’est rendu à Juba le 3 avril 2025. Officiellement, cette visite vise à renforcer la coopération bilatérale entre l’Ouganda et le Soudan du Sud. Cependant, elle est également perçue comme un soutien politique et militaire à Salva Kiir, alors que des affrontements violents déstabilisent le pays, notamment dans la région du Haut-Nil, au nord-est.
Depuis le début du mois de mars, l’Ouganda soutient activement l’armée sud-soudanaise dans sa lutte contre les rebelles du Haut-Nil. En coulisses, ce soutien militaire renforce les liens entre les deux pays, alors que la répression des opposants s’intensifie au Soudan du Sud. En plus des arrestations de dissidents, le vice-président Riek Machar a été placé en résidence surveillée, exacerbant les appels à une désescalade et à un retour au dialogue politique. L’accueil officiel de Museveni à Juba a eu lieu dans un contexte tendu, où la situation politique et sécuritaire reste volatile.
Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, traverse une période de fragilité politique et sociale depuis sa naissance. Après plusieurs années de guerre civile dévastatrice (2013-2018), le pays peine encore à appliquer les termes de l’accord de paix signé en 2018, qui visait à mettre fin au conflit entre les factions de Kiir et Machar. L’implication de l’Ouganda dans ce processus n’est pas nouvelle. En 2013, Kampala avait déjà déployé des troupes pour soutenir le gouvernement de Juba face aux rebelles, marquant ainsi un soutien constant à Salva Kiir dans sa lutte pour maintenir son pouvoir.
La visite de Museveni ouvre plusieurs perspectives pour la région, notamment en matière de sécurité et de stabilité politique. L’Ouganda, en tant qu’allié stratégique de Juba, pourrait jouer un rôle crucial dans la médiation des tensions internes au Soudan du Sud. Toutefois, la mise en œuvre effective des accords de paix reste incertaine. L’intégration de 20 000 soldats dans les forces armées unifiées, prévue par l’accord de 2018, n’a pas encore été déployée sur le terrain, notamment dans les zones de conflit, ce qui soulève des questions sur l’engagement réel du gouvernement sud-soudanais à instaurer une paix durable.
Au-delà de la dimension militaire, les discussions entre Museveni et Kiir ont également porté sur la coopération économique et sociale. Les deux dirigeants ont exprimé leur volonté de renforcer les échanges commerciaux et d’améliorer les conditions de vie de leurs populations. Des accords concernant des projets communs dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de la santé ont été évoqués, bien que leur concrétisation demeure tributaire de la stabilité politique du Soudan du Sud. Ce volet économique pourrait s’avérer essentiel pour la reconstruction du pays après des années de guerre.
Cependant, la répression croissante des opposants et l’isolement politique de Riek Machar pourraient affecter la perception internationale de la visite de Museveni. Tandis que Juba met en avant ses engagements envers l’accord de paix, la situation sur le terrain montre un déclin des libertés politiques, ce qui pourrait nuire à l’image du Soudan du Sud à l’échelle régionale et internationale. La communauté internationale reste vigilante et appelle à une désescalade du conflit, à un dialogue politique inclusif et à la libération des prisonniers politiques.