Le Soudan du Sud bénéficie pleinement de la flambée des cours du brut provoquée par les tensions entre les États-Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz. C’est ce qu’a reconnu sans ambages Dunga Gai Dunga Koler, ministre des Finances de l’État de Jonglei, dans un entretien accordé à africa presse. Comme tous les pays producteurs, le plus jeune État d’Afrique voit ses recettes augmenter mécaniquement, offrant un ballon d’oxygène à une économie exsangue.
Si les caisses se remplissent, le ministre tient toutefois à relativiser la portée politique de cette manne. Il affirme que le conflit irano-américain n’a aucun impact direct sur la stabilité institutionnelle du pays ni sur le fragile processus de paix en cours. Selon lui, une reprise de la guerre civile à grande échelle, après des années de conflit meurtrier, est aujourd’hui improbable. Les tensions qui subsistent dans certaines régions, admet-il, sont gérées par des mécanismes de médiation internes et ne menacent pas l’équilibre national.
Il faut rappeler que le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, possède l’une des économies les plus dépendantes du pétrole au monde. Le brut représente plus de 90 % des recettes de l’État et la quasi-totalité des exportations. Cependant, le pays ne dispose d’aucun accès à la mer et doit exporter sa production via un oléoduc traversant le Soudan voisin, un voisinage complexe et historiquement conflictuel. Cette dépendance technique et financière rend le pays particulièrement vulnérable aux aléas extérieurs.
À court terme, l’augmentation des prix pourrait offrir à Juba une marge de manœuvre budgétaire inespérée pour financer les programmes humanitaires et de réconciliation. Mais ce répit est à double tranchant. La perspective d’une manne pétrolière accrue pourrait attiser les appétits au sein d’une élite politique encore divisée et réveiller les rivalités locales. Par ailleurs, une détente trop rapide entre Washington et Téhéran ferait tout aussi vite redescendre les cours, exposant le pays à l’instabilité chronique des marchés.
Sur le terrain, l’absence de véritable diversification économique reste un handicap majeur. En attendant, le gouvernement sud-soudanais surveille d’un œil attentif les données du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Selon les relevés du service Marine Traffic, la circulation y reste effectivement restreinte depuis trois jours, signe que la pression sur l’offre mondiale de brut ne faiblit pas. Une aubaine dont Juba espère tirer le meilleur parti, sans en subir les contrecoups politiques.



