Les chefs d’État des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se réunissent en urgence ce 22 janvier à Brazzaville. L’objectif est sans ambiguïté : conjurer une crise monétaire et financière qui menace la stabilité de toute la sous-région.
Cette réunion extraordinaire fait suite à des alertes répétées d’économistes et d’institutions sur la dégradation rapide des indicateurs macroéconomiques. Le principal sujet à l’agenda est la maîtrise de la dette publique, dont les niveaux frôlent ou dépassent les plafonds autorisés par les critères de convergence. Parallèlement, la baisse continue des réserves de change de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et une croissance atone alimentent les craintes d’une crise de liquidité.
Cette situation alarmante s’inscrit dans un contexte de vulnérabilité structurelle. La zone CEMAC, dont l’économie repose lourdement sur les exportations de pétrole et de matières premières, reste extrêmement sensible aux chocs extérieurs. Les répercussions de la guerre en Ukraine, la volatilité des cours mondiaux et le resserrement monétaire global ont exacerbé ces faiblesses. Historiquement, cette dépendance a déjà conduit à des ajustements douloureux, comme la dévaluation de 50% du franc CFA en 1994, un spectre qui hante aujourd’hui les discussions.
Les perspectives immédiates appellent à une action coordonnée et ferme. Les dirigeants devront impérativement dégager des pistes crédibles pour reconstituer les réserves de change et assainir les finances publiques. La question sous-jacente est celle de la crédibilité de l’union monétaire elle-même. Un échec à stabiliser la situation pourrait non seulement entraîner des mesures d’austérité drastiques pour les populations, mais aussi ébranler la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux dans la monnaie commune.
Au-delà de la gestion de crise, ce sommet met en lumière l’impératif d’intégration économique réelle, souvent invoquée mais peu concrétisée. Comme le soulignent les experts, la résilience face aux chocs externes passera par une diversification des économies et un renforcement des échanges intracommunautaires. La dépendance exclusive aux recettes pétrolières est un modèle à bout de souffle.
L’avertissement du Dr Guy Arsène Nyangoe, économiste camerounais, résonne comme un cri d’alarme. En évoquant explicitement le scénario de 1994, il rappelle que les déséquilibres actuels ne sont pas soutenables. La balle est désormais dans le camp des chefs d’État. Leur capacité à dépasser les intérêts nationaux pour une réponse collective sera le premier test de la viabilité future de la CEMAC. La crédibilité de l’ensemble de l’édifice communautaire est en jeu.



