L’Égypte confirme sa place de leader incontesté sur le marché mondial de la datte. Avec une production avoisinant 1,9 million de tonnes en 2023, le pays devance très nettement ses concurrents, plaçant l’Afrique au cœur de cette filière agricole stratégique. Derrière le géant égyptien, l’Algérie complète le podium en se hissant à la troisième place mondiale avec 1,3 million de tonnes, derrière l’Arabie Saoudite. Ces chiffres, compilés par World Population Review, illustrent la vigueur et le poids croissant du continent dans ce secteur.
Cette performance égyptienne ne doit rien au hasard. Elle repose sur des décennies d’investissements dans l’irrigation et l’amélioration variétale, faisant de la vallée du Nil un immense verger de palmiers. Si l’Algérie conforte sa place avec sa célèbre Deglet Nour, la carte africaine de la datte ne se limite pas à ces deux géants. Le Soudan, à la septième place, et la Tunisie, à la neuvième, confirment la vitalité de la filière sur le continent, de la Corne de l’Afrique au Maghreb. La production y est un pilier économique pour des millions d’agriculteurs.
Cette hégémonie africaine et moyen-orientale s’inscrit dans une géographie historique du fruit. Le palmier dattier est une culture oasienne traditionnelle, adaptée aux climats arides et chauds. Les pays du golfe Persique (Arabie Saoudite, Irak, Iran, Émirats) ont modernisé leurs exploitations grâce à la rente pétrolière, tandis que les États africains misent sur des filières structurées pour l’exportation et la transformation locale. La présence dans le top 10 de pays non-membres du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, comme le Pakistan, souligne cependant l’existence d’autres bassins de production historiques.
L’avenir de la filière se joue désormais sur deux tableaux : la résilience climatique et la création de valeur ajoutée. Alors que le stress hydrique s’accentue, les pays comme l’Égypte ou la Tunisie devront innover pour maintenir leurs rendements. Parallèlement, l’enjeu n’est plus seulement quantitatif. Il s’agit de transformer sur place pour capter davantage de valeur, face à une concurrence saoudienne qui investit massivement dans l’industrie de transformation et le marketing de ses marques nationales.
Au-delà du simple classement, ces chiffres révèlent un potentiel de développement majeur pour l’Afrique. La filière datte est un levier de sécurité alimentaire et d’emploi en milieu rural. Mais pour que ce potentiel profite pleinement aux économies locales, les défis sont nombreux : il faudra mieux structurer les filières, lutter contre le gaspillage post-récolte et s’adapter aux normes sanitaires drastiques des marchés européens et asiatiques, où la compétition avec les producteurs du Golfe est la plus rude.



