Le président burundais Évariste Ndayishimiye a publiquement désavoué son ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, contraint de retirer un message critique envers le Qatar publié sur les réseaux sociaux. Cet incident, survenu le 3 janvier 2026, met en lumière les tensions diplomatiques générées par le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et le rôle contesté des médiateurs internationaux.
Dans son publication depuis effacée, le chef de la diplomatie burundaise accusait le Qatar d’utiliser « son influence et son argent auprès des États-Unis pour les dissuader d’agir » contre le Rwanda, qu’il tient pour responsable de l’avancée du groupe armé AFC/M23 en RDC. Il dénonçait également la poursuite de l’occupation de nouveaux territoires par Kigali, en violation de l’accord de Washington signé en décembre 2025. La réaction de Doha a été immédiate et ferme, obligeant le président Ndayishimiye à intervenir personnellement pour apaiser le différend.
Ce rebondissement s’inscrit dans un contexte régional extrêmement volatile. Depuis des mois, le Burundi, qui a déployé des troupes en soutien à l’armée congolaise (FARDC), voit la menace du M23 se rapprocher de sa frontière, notamment avec la chute d’Uvira. Parallèlement, les processus de paix s’empilent sans résultat tangible : l’accord de Washington, parrainé par l’ancien président américain Donald Trump, et les pourparlers de Doha entre Kinshasa et le M23, ayant abouti à un cessez-le-feu théorique en juillet, sont tous deux inefficaces sur le terrain. La frustration de Bujumbura, qui réclame des sanctions contre le Rwanda, monte face à cette impasse.
Les perspectives immédiates sont celles d’une crise diplomatique à gérer pour le Burundi. Le président Ndayishimiye a dû publier une clarification, affirmant que le Burundi « a toujours apprécié les bonnes relations bilatérales avec le Qatar, ainsi que son rôle de médiation en RDC ». Ce message a été promptement relayé et salué par le chef de la diplomatie qatarie, scellant officiellement la réconciliation. Cependant, cet épisode révèle les fractures au sein de la coalition opposée au M23 et la fragilité des alliances régionales.
Au-delà de l’incident, cet épisode illustre l’impact déstabilisateur des prises de parole officielles sur les réseaux sociaux dans la diplomatie africaine. La rapidité avec laquelle un tweet a nécessité une intervention présidentielle de rectification souligne les nouveaux risques de la communication numérique pour les chancelleries. Elle expose aussi la difficulté pour les pays directement menacés, comme le Burundi, de faire entendre leur voix dans un processus de paix multilatéral où des acteurs extérieurs, comme le Qatar, jouent un rôle central mais parfois critiqué.
Enfin, cet événement met en exergue l’isolement croissant et l’exaspération du Burundi. Alors que les combats se poursuivent à sa porte, Bujumbura estime que ses sacrifices militaires aux côtés des FARDC ne sont pas suffisamment reconnus ou soutenus par la communauté internationale. La sortie du ministre Bizimana, bien que jugée irrégulière sur la forme, traduit un fond de colère partagé par une partie de l’établissement burundais, qui perçoit les médiations de Washington et de Doha comme des exercices inefficaces, détachés des réalités sécurités du terrain.



