L’éducation s’impose désormais comme la troisième préoccupation des citoyens africains, derrière l’emploi et la santé, selon une enquête d’Afrobarometer publiée en janvier 2026. Pourtant, la majorité des États du continent peinent à traduire cette attente populaire en actes budgétaires concrets. Dix ans après avoir adopté la Déclaration d’Incheon fixant des objectifs précis de financement, seuls quelques pays respectent l’engagement de consacrer entre 4 et 6 % de leur PIB ou 15 à 20 % de leurs dépenses publiques à l’éducation.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’UNICEF indiquait en juin 2024 que moins d’un pays africain sur cinq atteignait le seuil de 20 % du budget national alloué à l’éducation. La Côte d’Ivoire y consacre 3,43 % de son PIB, le Bénin 3,23 %, tandis que le Nigeria, poids lourd démographique de la région, plafonne à 1,97 %. Seule la Namibie fait figure d’exception avec 23,4 % de son budget 2025-2026 dédié au secteur éducatif, prouvant que l’objectif est tenable.
Cet écart entre les discours et les réalisations budgétaires s’inscrit dans un contexte d’engagements internationaux répétés. De la Déclaration de Nairobi, paraphée par 17 chefs d’État africains, à celle de Nouakchott adoptée en décembre 2024 sous l’égide de l’Union africaine, les promesses se sont accumulées sans traduction concrète. Les cadres stratégiques continentaux comme la CESA 2026-2035 ont pourtant fixé des priorités claires : éducation inclusive, réduction des inégalités de genre et amélioration de la qualité pédagogique.
Les perspectives immédiates restent préoccupantes. Le continent doit faire face à un défi démographique sans précédent : d’ici 2030, les systèmes éducatifs africains devront accueillir 170 millions d’enfants supplémentaires, nécessitant la construction de 9 millions de salles de classe et le recrutement de 11 millions d’enseignants. Parallèlement, la qualité de l’enseignement se dégrade, avec quatre enfants sur dix âgés de 10 ans incapables de lire un texte simple, selon les données de l’UNESCO.
Plusieurs facteurs structurels expliquent ce déficit de financement. Les conflits armés dans la région sahélienne, en Afrique centrale et orientale détournent une part croissante des budgets nationaux vers la défense : le Burkina Faso y consacre 27,76 % de ses dépenses en 2025, la République démocratique du Congo 30 % en 2026. Human Rights Watch souligne également que quinze pays africains allouent désormais plus de ressources au service de la dette qu’à l’éducation, conséquence directe des mesures d’austérité imposées par les créanciers internationaux.
La mauvaise répartition interne des ressources aggrave la situation. Une part disproportionnée des budgets éducatifs, environ 20 % en moyenne, est captée par l’enseignement supérieur, tandis que le préscolaire se contente de miettes. L’aide extérieure, sur laquelle reposent encore de nombreux systèmes éducatifs nationaux, expose ces derniers aux aléas des priorités des bailleurs de fonds et aux crises économiques mondiales. Face à ce constat, experts et institutions appellent à inventer un nouveau modèle de financement mixte, associant secteur privé, mécanismes innovants comme les obligations sociales, et ressources publiques mieux ciblées.



