Le changement climatique pourrait réduire de près des deux tiers la superficie des prairies africaines d’ici 2100, avec des conséquences dévastatrices pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes. Un rapport publié le 9 février par le prestigieux Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) alerte sur cette menace qui pèse spécifiquement sur les systèmes d’élevage du continent. Dans un scénario de statu quo où les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, les pertes atteindraient 65 %, contre 16 % seulement si des réductions drastiques étaient engagées.
L’étude allemande s’appuie sur le concept d’« espace climatique sûr », définissant les conditions idéales pour le pâturage des bovins, ovins et caprins : des températures comprises entre -3 et 29 °C, des précipitations annuelles de 50 à 2627 millimètres, une humidité relative de 39 à 67 % et des vents modérés. L’Afrique est particulièrement exposée car ses conditions climatiques se situent déjà dans la fourchette haute de ces paramètres. La moindre hausse des températures risque donc de faire basculer de vastes territoires hors de cette zone de viabilité.
Les modélisations prévoient un déplacement géographique des zones propices au pâturage. Les hauts plateaux éthiopiens, la vallée du Rift est-africain, le bassin du Congo et celui du Kalahari verront leurs prairies migrer progressivement vers le Sud. Les zones côtières, elles, n’auront nulle part où se déplacer et disparaîtront purement et simplement. Cette transformation bouleversera des équilibres ancestraux, alors que 80 % du cheptel africain relève du pastoralisme et que l’élevage représente en moyenne 15 % du produit intérieur brut des pays du continent.
À l’échelle mondiale, ce sont 36 à 50 % des terres de pâturage actuelles qui deviendraient non viables d’ici la fin du siècle, affectant 110 à 140 millions d’éleveurs et près d’un milliard et demi d’animaux. L’Afrique paiera le plus lourd tribut : plus de la moitié des populations touchées vivent dans des pays à faible revenu déjà confrontés à l’insécurité alimentaire, aux inégalités de genre et à l’instabilité politique. « Les stratégies traditionnelles d’adaptation comme le changement d’espèces ou la transhumance ne suffiront pas, car les bouleversements sont trop importants », prévient Prajal Pradhan, coauteur de l’étude et chercheur à l’Université de Groningue.
Le paradoxe est cruel : l’élevage contribue lui-même au réchauffement qui le menace. Selon la FAO, la production de viande et de produits laitiers génère environ 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les auteurs du rapport appellent à repenser en profondeur les systèmes d’élevage africains, non plus seulement par des ajustements locaux, mais par des transformations structurelles capables d’anticiper ces migrations forcées des prairies. Faute de quoi, ce sont des communautés entières qui risquent de basculer dans la précarité absolue.



