Quarante-huit heures après l’annonce officielle du retrait des troupes de la coalition AFC/M23 de la ville d’Uvira, dans l’est de la République Démocratique du Congo, la situation sécuritaire reste extrêmement tendue et confuse. Le vide laissé par les rebelles, qui contrôlaient cette ville stratégique du Sud-Kivu depuis début décembre, est immédiatement comblé par l’arrivée en force de combattants des milices Wazalendo, loyalistes à Kinshasa, créant un entre-deux périlleux pour la population civile.
Si les troupes de l’AFC/M23 ont quitté le centre urbain depuis le 17 janvier, elles seraient toujours présentes à une trentaine de kilomètres au nord. Dans Uvira même, ce sont désormais des combattants Wazalendo, vêtus de treillis ou en civil mais tous armés, qui patrouillent en nombre, surpassant pour l’instant les effectifs visibles de l’armée régulière (FARDC). Des scènes de pillage, bien que d’intensité moindre que les jours précédents, ont encore été signalées ce lundi matin, ciblant des hôtels, des boutiques et des infrastructures portuaires, dans un climat ponctué de coups de feu.
Ce retrait s’inscrit dans un jeu de pressions internationales et de manœuvres locales complexes. L’AFC/M23 justifie son départ par une demande des États-Unis, affirmant vouloir placer Uvira « sous la responsabilité pleine et entière de la communauté internationale ». Cette annonce intervient après des semaines de contrôle rebelle qui avait contraint au déplacement des autorités civiles, la plupart réfugiées à Bujumbura, au Burundi voisin. La région du Sud-Kivu, riche en minerais et en conflits, est le théâtre historique de l’activité de dizaines de groupes armés, où les allégeances et les équilibres de force sont perpétuellement mouvants.
Les perspectives à court terme sont alarmantes. L’arrivée progressive et encore limitée des FARDC, dont les commandants ne sont pas encore visibles sur le terrain, laisse présager une période de transition longue et risquée. Le risque d’affrontements directs ou de tensions entre les Wazalendo, les forces régulières et une possible résurgence du M23 aux abords de la ville est réel. Par ailleurs, l’absence totale des autorités administratives civiles paralyse toute restauration de l’État de droit et des services publics, prolongeant la crise humanitaire.
Cette reconfiguration sécuritaire illustre la fragilité chronique de l’autorité de l’État congolais dans l’Est. Les milices Wazalendo, souvent présentées comme des « patriotes » défendant le territoire, échappent fréquemment à tout contrôle central et peuvent contribuer à une anarchie aussi néfaste que celle imposée par les groupes rebelles. Leur présence massive à Uvira, en l’absence d’un cadre clair de subordination aux FARDC, pose une question cruciale sur la réelle reprise en main de la ville par Kinshasa.
La fermeture persistante de la frontière avec le Burundi, axe économique vital pour la région, aggrave les conditions de vie d’une population déjà épuisée par les déplacements et les violences. Le lent redémarrage des activités économiques, avec la réouverture des marchés, reste précaire et suspendu à l’évolution d’une sécurité très volatile. Cette situation rappelle amèrement les schémas passés dans d’autres localités de l’Est, où des retraits annoncés n’ont souvent été que le prélude à une nouvelle phase d’instabilité sous d’autres acteurs.
En définitive, l’épisode d’Uvira dévoile les limites des pressions diplomatiques ponctuelles. Si une injonction américaine a pu contraindre le M23 à un retrait tactique, elle n’a pas été accompagnée d’un plan robuste et immédiat pour garantir une transition sécurisée sous l’égide exclusive de l’État. Le vide est instantanément occupé par d’autres forces armées, perpétuant le cycle de la violence et de la gouvernance par les armes. La communauté internationale et le gouvernement congolais font face à un test concret de leur capacité à traduire une victoire tactique en stabilité durable.



