Dans la nuit de mercredi à jeudi 2 avril 2026, les rebelles ADF, affiliés à l’État islamique, ont massacré au moins 43 civils à Bafwakao, un village du territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo. L’armée congolaise a confirmé le bilan dans un communiqué publié jeudi, tandis que la société civile et l’administration locale, encore en cours d’évaluation, évoquent un lourd tribut humain.
Selon plusieurs sources, les assaillants ont investi le village aux alentours de 20 heures, incendiant près de 60 % des habitations. Des corps ont été retrouvés sur la route principale, ainsi que dans les maisons calcinées, certains mutilés à la machette, d’autres tués par balles. En milieu d’après-midi jeudi, l’administrateur du territoire faisait état d’une dizaine de corps découverts, tandis que la société civile dénombrait déjà 32 morts. C’est finalement l’armée qui, en soirée, a porté le bilan à 43 victimes.
Cette attaque est inédite à Bafwakao, une localité jusque là épargnée par les incursions djihadistes. Elle intervient dans un climat de recrudescence des violences depuis début mars 2025 dans la chefferie des Bandaka, dont dépend le village. Les ADF, originaires d’Ouganda, sont implantés dans l’Est congolais depuis les années 1990. Malgré les opérations militaires conjointes avec l’armée ougandaise, ils continuent de semer la terreur, multipliant les exactions contre les populations civiles.
L’attaque soulève des interrogations sur l’efficacité de la réponse des Forces armées de la RDC (FARDC). L’administrateur du territoire affirme que l’armée a riposté dans la nuit même, le commandant sur place ayant passé la nuit au village. La société civile, elle, dénonce une intervention tardive, survenue le matin, sans échange de tirs. Ce débat récurrent entre autorités militaires et acteurs locaux alimente la défiance des populations, déjà éprouvées par l’insécurité chronique.
La divergence des récits n’est pas un détail. Elle touche au cœur de la crédibilité de l’action étatique dans une région abandonnée depuis des années à la prédation des groupes armés. Pour la société civile de Mambasa, le retard de l’armée est vécu comme un abandon. Pour l’administration, il s’agit d’une opération en cours, perturbée par l’immensité du territoire et la porosité des axes routiers. Dans ce contexte, chaque attaque creuse un peu plus le fossé entre une population qui ne se sent pas protégée et une armée qui peine à contrôler les zones rurales.
Au delà des bilans, c’est la stratégie sécuritaire dans l’Est congolais qui est mise en cause. Les ADF changent régulièrement de zones de frappe, s’adaptant aux dispositifs militaires et frappant des villages jusqu’alors épargnés. Bafwakao en est l’exemple tragique. Sans une réévaluation des moyens de renseignement, de la mobilité des troupes et de la coordination avec les acteurs locaux, ces massacres rituels risquent de se répéter, à quelques jours ou quelques kilomètres près, dans l’indifférence relative de Kinshasa et de la communauté internationale.



