L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a engagé une accélération de son projet d’intégration économique. L’objectif est de surmonter la faiblesse persistante des échanges commerciaux entre les trois pays et de mieux valoriser le potentiel régional.
Lors d’un Conseil des ministres malien tenu le 7 janvier 2026, les autorités ont fait le point sur les avancées du chantier économique de la Confédération des États du Sahel. Les discussions portent notamment sur l’harmonisation progressive des politiques commerciales et industrielles, la facilitation de la circulation des biens et des personnes, et le renforcement du rôle du secteur privé. Une Alliance des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’AES a été créée pour structurer la représentation des acteurs économiques.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le commerce intra-africain demeure marginal. Selon le rapport 2024 de l’Afreximbank, les échanges intra-africains représentaient seulement 15 % des exportations totales du continent en 2023. En Afrique de l’Ouest, malgré l’existence de cadres comme la Cédéao et l’UEMOA, le commerce intracommunautaire plafonne entre 10 % et 15 % du volume total des échanges. Les flux bilatéraux entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent particulièrement modestes, illustrant une intégration économique encore fragmentée.
Les perspectives immédiates de l’AES reposent sur la mise en œuvre opérationnelle des orientations adoptées. Une matrice de recommandations a été validée pour 2026, accompagnée d’un comité de suivi et d’évaluation destiné à pallier les lacunes fréquentes dans l’application des décisions d’intégration régionale. Les autorités entendent prioritairement stimuler les échanges agricoles, via une meilleure coordination des offices céréaliers, et renforcer les mécanismes de dialogue public-privé à l’échelle confédérale.
La coopération agricole constitue un axe stratégique pour l’AES. Des accords ont été conclus entre les offices céréaliers des pays membres afin d’améliorer la coordination des politiques de stockage et d’échanges de produits de première nécessité. Selon les estimations de l’OCDE, le commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest avoisine les 10 milliards de dollars annuels, un volume encore inférieur au potentiel réel de la région.
Au delà des aspects purement économiques, la démarche de l’AES s’ancre dans une volonté politique de recomposition régionale. Née d’une remise en cause des cadres de coopération existants, l’Alliance aspire à bâtir une souveraineté collective face à des défis communs de développement et de sécurité. Sa réussite économique dépendra toutefois de sa capacité à traduire ses ambitions en mesures tangibles, dans un environnement sahélien marqué par des contraintes structurelles et géopolitiques complexes.



