Le Mali et le Sénégal ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire pour lutter contre le terrorisme dans leur zone frontalière. L’annonce, faite à l’issue d’une rencontre entre le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et l’ambassadrice du Sénégal au Mali, Fatoumata Binétou Rassoul Correa, vise à améliorer les mécanismes de coordination entre les deux armées. L’objectif est clair : répondre à une menace jihadiste qui gagne du terrain, en particulier dans la région malienne de Kayes, limitrophe du Sénégal.
Cette région de Kayes, longtemps épargnée par le feu des groupes armés, est devenue un axe stratégique pour les mouvements jihadistes. Les attaques se multiplient contre les convois logistiques, les positions militaires et les citernes de carburant. Ces actions ne visent pas seulement à affaiblir les forces de sécurité maliennes. Elles cherchent aussi à ouvrir un nouveau corridor vers les côtes atlantiques, où la vigilance sécuritaire reste inégale. Le Sénégal, qui n’a pas connu d’attaque majeure sur son sol depuis plusieurs années, voit ainsi sa zone frontalière basculer dans une vulnérabilité nouvelle.
Ce rapprochement militaire intervient dans un contexte régional déjà lourd de tensions. Le Mali, dirigé par une junte militaire depuis 2020, a rompu une partie de ses alliances occidentales pour se tourner vers la Russie via le groupe Wagner, devenu Africa Corps. De son côté, le Sénégal reste un partenaire historique de la France et des États-Unis, tout en cherchant à préserver sa stabilité intérieure. Cette divergence diplomatique n’avait jusqu’ici pas facilité une coordination opérationnelle fine. La menace jihadiste à Kayes change la donne : elle impose un pragmatisme que les considérations géopolitiques ne peuvent plus entraver.
Les prochains mois diront si cette annonce dépasse le stade des intentions. La coopération bilatérale bute souvent sur des questions de confiance, de partage de renseignements et de réactivité des chaînes de commandement. Pour être crédible, l’alliance devra se traduire par des patrouilles mixtes, des échanges d’officiers de liaison et une harmonisation des règles d’engagement. Sans ces mesures concrètes, la zone de Kayes risque de devenir un sanctuaire de repli pour les groupes armés chassés du centre du Mali. Le Sénégal, qui n’a pas les moyens d’une militarisation lourde de sa frontière, joue gros sur ce dossier.
Des sources locales à Kayes font état d’une montée de l’inquiétude parmi les populations civiles. Les agriculteurs et éleveurs, pris en étau entre l’armée et les groupes armés, commencent à fuir les zones rurales. Ce déplacement silencieux nourrit à son tour l’insécurité alimentaire et fragilise le tissu social. Or, aucune annonce officielle n’a encore intégré cette dimension humaine dans le dispositif sécuritaire. L’histoire récente du Sahel montre que lutter contre le terrorisme sans protéger et impliquer les populations conduit souvent à des succès temporaires, suivis de rechutes violentes. Dakar et Bamako en sont avertis. Reste à savoir s’ils en tireront les leçons.



